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    Quand on évoque la Révolution américaine, l'imaginaire collectif se fixe presque toujours sur deux figures : les Insurgents menés par George Washington d'un côté, et l'allié français avec, à sa tête, La Fayette et de Rochambeau de l'autre. Mais cette perception, aussi séduisante soit-elle, masque une réalité bien plus vaste. Car ce qui se joue entre 1775 et 1783 n'est pas seulement une guerre d'indépendance sur le sol nord-américain : c'est une véritable guerre atlantique globale, qui embrase les Caraïbes, le golfe du Mexique, les côtes de Floride, et dont les ondes de choc se propagent jusqu'à l'océan Indien.

    Les acteurs de ce conflit son nombreux : l'Espagne, qui rêve moins de soutenir une jeune république que d'affaiblir l'Empire britannique ; les Provinces-Unies, marchands tiraillés entre neutralité, profit et pressions de Londres ; et toute une constellation de puissances secondaires défendant une idée neuve et explosive : la liberté des mers. L'historien Eric Schnakenbourg nous propose ainsi de déplacer notre regard, d'oublier la France et de considérer tout un système de puissances qui se recompose.


    Notre invité : Professeur d'Histoire moderne, Eric Schnakenbourg est directeur du Centre de recherche en histoire internationale et atlantique à Nantes Université. Spécialiste du monde atlantique, il vient aussi de publier une biographie magistrale intitulée Charles XII, roi de Suède et homme de guerre 1688-1718 (Perrin, 464 p., 25 €).


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    À 15 ans, Charles XII (1682-1718) devient roi de Suède et entre dans l’histoire comme l’un des souverains les plus fascinants d’Europe. Voltaire le qualifiait ainsi "d'homme le plus extraordinaire peut-être qui ait jamais été sur terre". Stratège fulgurant, chef de guerre inflexible, esprit curieux et personnage presque insaisissable, il va faire de la Suède une puissance redoutée, avant de l’entraîner dans une aventure guerrière qui se termine dans le sang et l'exil. Entre légende dorée et échec politique, qui était vraiment Charles XII ?


    Pourquoi ce personnage inflexible a-t-il choisi la sobriété, voire l'ascèse au quotidien? Quel type de stratège était-il ? Pourquoi n'a-t-il jamais laissé d'héritier ? Existe-t-il un mystère autour de sa mort, et, enfin, ne fut-il pas paradoxalement le fondateur de la Suède contemporaine ?


    Notre invité : Professeur d'Histoire moderne, Eric Schnakenbourg est directeur du Centre de recherche en histoire internationale et atlantique à Nantes Université. Spécialiste du monde atlantique, il vient aussi de publier une biographie magistrale, intitulée Charles XII, roi de Suède et homme de guerre : 1688-1718 (Perrin, 464 p., 25 €).


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    Sans l’appui de la France, l’indépendance américaine aurait-elle été possible face à la Grande-Bretagne ? De l’hésitation de Versailles à son entrée dans un conflit devenu mondial pour contrer Londres, Émilie Mitran retrace les étapes décisives de la Révolution américaine.


    Sans la France, les États‑Unis auraient‑ils réellement gagné leur guerre d’indépendance contre la Grande‑Bretagne ? Comment Versailles hésite‑t‑il, puis décide‑t‑il de transformer une crise coloniale en conflit mondial, afin d'affaiblir Londres et de rebattre les cartes de l’Atlantique ? Dans cette émission, Émilie Mitran revient sur les événements qui marquèrent la naissance d'une nation et la fin d'un royaume : des premiers contacts avec les insurgents à la fameuse bataille de Yorktown en passant par la victoire de Saratoga, véritable tournant qui convainc Versailles de s'engager au-delà de l'Atlantique. Un engagement qui coûte à la France et prépare à une crise économique et politique qui, elle-même, allait changer le monde : la Révolution française.


    L'invitée : Émilie Mitran, agrégée d'anglais et historienne, vient de publier Des Américains en France 1776-1792, Editions du Nouveau Monde, Ministère des Armées, 384 p., 24,90€).


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    L'histoire de Napoléon et de Joséphine est aussi célèbre que méconnue. Loin de la légende, leur relation est solidement ancrée dans les sources, notamment une correspondance abondante grâce aux lettres de Napoléon, mais aussi lacunaire, puisque nous ne possédons pas les lettres de Joséphine qui, certainement, ont été détruites par l'empereur.


    À travers une approche thématique et chronologique, nous suivons deux trajectoires qui se croisent à un moment charnière de leur vie, alors que l'un et l'autre rompent avec leur origine insulaire. Qui était vraiment Joséphine, cette femme habile et survivante, passée près de la guillotine ? Et que révèle ce mariage, entre amour, stratégie et pouvoir, dans la construction du destin impérial ? Autant de questions qui éclairent une histoire intime profondément liée à la grande Histoire, racontée par le spécialiste Pierre Branda.


    L'invité : Pierre Branda est historien, spécialiste du Consulat et du Premier Empire. Auteur d'une œuvre abondante, dont un magistral Napoléon à Sainte-Hélène, il vient de publier Napoléon et Joséphine. L'intime et le grandiose (Perrin, (((pages ?))) 23,90 €)


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    Contrairement aux idées reçues, la Révolution américaine n'a pas été le seul produit du travail des fameux Founding Fathers, les Pères fondateurs, mais de toute une galaxie d’acteurs intermédiaires, d’Américains installés à Paris ou à Versailles, de diplomates et de négociants qui font naître, au jour le jour, la relation franco‑américaine. Se met ainsi un place un véritable regard croisé des deux côtés de l'Atlantique, avec un ennemi commun : la Grande-Bretagne.


    L'historienne Émilie Mitran reconstitue le puzzle politico‑militaire, mais aussi économique, d’un engagement qui commence dans la clandestinité, passe par les traités de 1778 et s’achève à Yorktown, où la victoire est autant française qu’américaine.


    L'invitée : Émilie Mitran, agrégée d'anglais et historienne, vient de publier Des Américains en France 1776-1792 (Editions du Nouveau Monde, Ministère des Armées, 384 p., 24,90 €).


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    Ramsès II règne au XIIIe siècle av. J.-C., sous la XIXe dynastie, alors que l'Égypte s’impose comme l’une des puissances majeures du Proche-Orient antique. Issu d’une famille militaire récemment parvenue au pouvoir, il accède jeune au trône, après avoir été associé au pouvoir de son père, Sethi Ier. Son règne est marqué par la rivalité avec l’Empire hittite, dont la bataille de Qadesh, puis la paix conclue entre les deux puissances constituent l’un des moments les plus marquants. Le règne exceptionnellement long de ce pharaon, son goût pour la construction monumentale et la mise en scène de sa propre divinisation ont largement contribué à faire de lui l’un des souverains les plus fascinants de l’histoire égyptienne.


    Le livre revient ainsi sur les grands chantiers qui ont assuré la postérité de Ramsès II, sur l’étonnant destin de sa momie, déplacée, cachée puis redécouverte, mais aussi sur les questions que sa figure continue de susciter. Parmi elles, celle de savoir s’il peut ou non être identifié au pharaon de l’Exode biblique.


    L’invitée : Amandine Marshall est égyptologue et archéologue. Elle publie Ramsès II chez Gallimard, dans la collection Folio biographies (240 p., 10,50 €).


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    Entre 1939 et 1944, Marc Bloch traverse l’une des périodes les plus sombres de l’histoire française. Historien reconnu, mobilisé à plus de 50 ans et témoin de la débâcle de 1940, il subit aussi l’exclusion imposée par les lois antisémites de Vichy, qui le frappent d’une véritable « mort civique ». Mais Bloch ne cesse jamais de penser ni d’agir. Dans L’Étrange Défaite, il analyse avec lucidité les causes de l’effondrement français. Puis il s’engage dans la Résistance, fidèle à une exigence : comprendre pour agir. Il est finalement arrêté, torturé dans la prison de Montluc et exécuté au mois de juin 1944. Alors qu'il fait son entrée au Panthéon, Storiavoce lui consacre deux émissions. Après avoir évoqué son apport historiographique avec Florian Mazel, Aya Aglan revient sur les dernières années de son existence.


    L'invitée : Professeure d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Alya Aglan est spécialiste de l'histoire des résistances en Europe et de la Seconde Guerre mondiale. Elle vient de publier La double mort de Marc Bloch (Flammarion, coll. Champs Histoire, 120 p., 6,50 €).


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    Né dans une France bouleversée par la Révolution et l’Empire, Bugeaud appartient à une génération d’officiers façonnée par les campagnes napoléoniennes, notamment par la guerre d’Espagne. Sa trajectoire le mène de l’Armée impériale à une carrière politique sous la monarchie de Juillet, entrecoupée par un long retour à la terre dans son domaine périgourdin. Son parcours le conduit finalement en Algérie, d’abord en 1836, puis comme gouverneur général à partir de 1841, au moment où la monarchie de Juillet entreprend de passer de l’occupation à la colonisation du territoire.


    À travers cette figure, Colette Zytnicki revient sur les violences de la conquête, de la razzia aux enfumades, mais aussi sur les débats que ces violences suscitèrent en France dès les années 1840. Son analyse éclaire la manière dont Bugeaud pensa ensemble guerre et colonisation, ainsi que l’empreinte durable laissée par ses méthodes dans la mémoire du passé colonial français.


    L’invitée : Colette Zytnicki est professeure émérite à l’université Toulouse-Jean-Jaurès. Spécialiste de l’histoire coloniale du Maghreb, elle publie Le Cas Bugeaud. Les violences de la conquête coloniale en Algérie aux éditions Tallandier (336 p., 22,90 €).


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    Relire La Société féodale de Marc Bloch aujourd’hui, c’est redécouvrir une œuvre fondatrice qui reste au cœur des débats historiographiques. Dans cette émission, le médiéviste Florian Mazel évoque sa propre découverte du livre et la lecture qu'il en a faite. Plus qu’une simple définition du féodalisme, Marc Bloch propose une analyse souple et critique des sociétés médiévales, attentive aux liens entre dépendances personnelles, structures économiques et cadres territoriaux. Par sa méthode et sa vision d’ensemble, il esquisse une forme d’histoire sociale novatrice, même si certains aspects de son modèle ont depuis été discutés et révisés.


    Alors Marc Bloch a-t-il tout inventé en histoire ? La question de son héritage invite au fond à dépasser le « mythe Bloch » : il a certes ouvert des voies majeures, mais il s'est aussi appuyé sur des influences multiples. Son travail n'en raisonne pas moins comme une œuvre fondatrice à l'influence bien au-delà de nos frontières.


    L'invité : Florian Mazel est professeur d'histoire médiévale à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il vient de co-éditer avec Yann Potin l'ouvrage collectif Marc Bloch. L'histoire en résistance (Seuil, 583 p., 27,90€).


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    Né en 1732 dans la colonie de Virginie, Washington évolue dans une société coloniale de planteurs, où la culture du tabac, l’esclavage et l’expansion foncière tiennent une place centrale. Avant d’être l’un des Pères fondateurs de la démocratie américaine, il est d’abord un homme de frontière, arpenteur, officier, puis grand propriétaire, formé dans le contexte de la rivalité franco-britannique en Amérique du Nord.


    La trajectoire de Washington ne s’arrête pas à la guerre d’Indépendance américaine. Elle se poursuit dans l’exercice d’une présidence encore à inventer, au moment où la jeune république doit organiser ses institutions, arbitrer entre pouvoir fédéral et droits des États, et définir sa ligne diplomatique. Les deux mandats de Washington (1789-1797) constituent ainsi un moment décisif dans la construction du nouvel État américain.


    L’invité : Yves-Marie Péréon est professeur à l’université Paris Panthéon-Assas et spécialiste de l’histoire des États-Unis. Il publie Washington. Le premier des Américains aux éditions Tallandier (464 p., 24,90 €).


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    Dans ce dernier épisode de notre série consacrée à l'esclavage, nous interrogeons son abolition : non pas comme un événement linéaire et héroïque, mais comme un processus complexe, traversé de tensions et d'ambiguïtés. Quelles sont les origines intellectuelles et religieuses de l'abolitionnisme ? Quel rôle ont joué les révoltes d'esclaves, souvent minorées face aux grands récits philanthropiques ? Et surtout : peut-on vraiment parler d'abolition quand l'engagisme, le travail sous contrat et les coercitions coloniales prolongent de fait les logiques serviles bien après les décrets officiels ? Entre guerres des mémoires et persistance de formes contemporaines d'asservissement, un éclairage indispensable pour penser l'après-esclavage et ses héritages.


    L'invité : Journaliste, spécialiste de politique internationale et notamment de l'Afrique, Vincent Hugeux enseigne à l'ESJ de Lille et à Sciences Po. Il est l'auteur de Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l'esclavage (Perrin, 315 p., 22 €).


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    Juin 1940 marque une rupture décisive dans l’histoire politique française. La débâcle, puis l’installation du régime de Vichy ouvrent une période où se superposent souveraineté diminuée, présence allemande et recomposition autoritaire de l’État. Cette configuration voit se déployer la collaboration, les politiques d’exclusion, les premières formes de résistance et, plus largement, les manières très diverses dont la société française affronte la guerre et l’occupation.


    Dans cette synthèse, Henry Rousso reprend les principales questions soulevées par cette période, des responsabilités de la défaite à la nature du régime de Vichy, de la persécution des juifs aux formes plurielles de la Résistance, jusqu’aux conditions du retour de la France parmi les vainqueurs en 1945. Il éclaire aussi les héritages mémoriels de l’Occupation, dont les échos continuent de traverser la société française jusqu’à aujourd’hui.


    L’invité : Henry Rousso est historien et directeur de recherche émérite au CNRS. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, de l’Occupation et du régime de Vichy, il publie La France sous l’Occupation aux éditions du Cerf, dans la collection "La Bibliothèque à remonter le temps" (128 p., 14 €).


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    Dans cet épisode, nous explorons deux systèmes esclavagistes souvent minorés dans les récits publics : la traite intra-africaine et la traite arabo-musulmane. Comment les définir ? En quoi se distinguent-elles l'une de l'autre, et comment s'articulent-elles avec la traite atlantique ? Quelles furent leurs routes, leurs justifications, leurs conséquences démographiques et sociales ? Et surtout : pourquoi ces traites, pourtant anciennes, durables et massives, restent-elles largement absentes des mémoires collectives en Afrique, dans le monde arabe et en Europe ? Entre enjeux historiographiques et débats mémoriels contemporains, un éclairage indispensable pour penser la complexité des esclavages.


    L'invité : Journaliste, spécialiste de politique internationale et notamment de l'Afrique, Vincent Hugeux enseigne à l'ESJ de Lille et à Sciences Po. Il est l'auteur de Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l'esclavage (Perrin, 315 p., 22 €).


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  • [REDIFFUSION]


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    Il promettait la paix ; son règne s’achève dans le fracas de Sedan. De la remise en cause de l’ordre de 1815 à la guerre franco-prussienne, Napoléon III multiplie les initiatives diplomatiques et militaires jusqu’au point de rupture.


    L'invité : Thierry Lentz revient sur les ambitions, les illusions et les erreurs qui ont précipité la chute du Second Empire


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    À rebours des simplifications et des lectures exclusivement mémorielles, Vincent Hugueux, spécialiste de l'Afrique, propose une « histoire raisonnée » du phénomène, attentive aux faits, aux mots et aux contextes. Que recouvre exactement le terme d’esclavage ? Peut-on en proposer une définition partagée ? Faut-il parler d’un système unique ou, au contraire, des « esclavages » au pluriel, tant les réalités diffèrent entre Antiquité méditerranéenne, monde arabo-musulman et traite atlantique ? Comment comparer sans céder à l’anachronisme ni au relativisme ? Au fil de cet échange, il est aussi question des grandes thèses historiographiques, des idées reçues à déconstruire, mais aussi des points de consensus sur lesquels s’appuyer pour avancer. Enfin, la discussion s’ouvre sur notre rapport contemporain à cette histoire : entre fatigue mémorielle, injonctions à « tourner la page » et débats sur la réparation, comment construire un discours à la fois exigeant, intelligible et utile au débat public ?


    L'invité : Journaliste, spécialiste de politique internationale et notamment de l'Afrique, Vincent Hugeux enseigne à l'ESJ de Lille et à Sciences Po. Il est l'auteur de Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l'esclavage (Perrin, 315 p., 22 €).


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    Nées dans l’Orient antique, ces Églises se sont constituées dans les premiers siècles du christianisme. Syriaques, arméniennes, coptes, grecques-melkites, maronites ou assyro-chaldéennes, elles se distinguent par leurs langues, leurs rites et leurs traditions. Leur histoire s’inscrit dans un espace traversé par les débats christologiques des premiers conciles, mais aussi par les recompositions politiques du Proche-Orient antique et médiéval.


    Joseph Yacoub propose ainsi de suivre ces communautés dans la longue durée, depuis leurs origines apostoliques jusqu’aux drames contemporains. Son analyse éclaire leur rôle missionnaire, leurs relations complexes avec l’islam et l’Église d’Occident, la place qu’elles ont occupée dans la modernité du Proche-Orient, mais aussi les persécutions, les déplacements et la dispersion qui menacent aujourd’hui leur avenir. Elle restitue ainsi toute l’épaisseur historique de populations trop souvent réduites à leur seule condition de victimes.


    L’invité : Joseph Yacoub est professeur honoraire de l’Université catholique de Lyon. Spécialiste du christianisme oriental, il publie Nouvelle Histoire des chrétiens d’Orient aux éditions Perrin (400 p., 24 €).


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    La croisade apparaît moins comme un objet univoque que comme un phénomène aux dimensions multiples. Guerre, expérience religieuse, construction narrative, mémoire et usage politique du passé s’y entremêlent étroitement. C’est aussi ce qui explique qu’elle ait donné lieu, dès son origine, à des lectures divergentes de part et d’autre de la Méditerranée.


    Abbès Zouache propose ainsi de reprendre la croisade à partir de ses sources, de ses récits et des cadres d’interprétation qui les ont longtemps ordonnés. Son analyse éclaire la position de l’historien face à des corpus largement produits par des pouvoirs religieux ou politiques, tout en revenant sur la violence, les justifications de la guerre, la place des femmes et les usages mémoriels de cet épisode médiéval. Elle met ainsi au jour les déplacements de sens, les conflits d’interprétation et les appropriations successives qui ont fait de la croisade un objet de mémoire autant que d’histoire.


    L’invité : Abbès Zouache est historien, directeur de recherche au CNRS et directeur des études de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire. Il publie La Croisade. Une histoire partagée à l’Institut français d’archéologie orientale (440 p., 43 €), ouvrage couronné par le Grand Prix du Livre des Journées de l’Histoire 2026 de l’Institut du monde arabe.


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    Le royaume d’Éthiopie, ou Abyssinie, offre un exemple singulier de royauté chrétienne en Afrique, prise entre des influences intérieures multiples et une dépendance religieuse extérieure à Alexandrie. La figure du négus s’y incarne dans un corps royal sacralisé, itinérant, et entouré de symboles puissants, comme le lion.


    Que recouvre exactement ce royaume : quelles frontières, quels peuples, quelle diversité religieuse ? Comment un roi chrétien gouverne‑t‑il une société multiculturelle et multilingue avec une langue d’administration propre ? Quelles conséquences politiques entraîne la dépendance de l’Église d’Éthiopie envers le patriarche d’Alexandrie, lui‑même soumis au sultan ?


    L'invitée : Marie-Laure Derat est directrice de recherche au CNRS, historienne et archéologue au sein du laboratoire Orient et Méditerranée. Elle est co-autrice du livre collectif Royautés publié chez CNRS Editions (464 p., 35 €).


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    Au début du XXe siècle, l’Empire ottoman est travaillé par des tensions profondes. Aux difficultés territoriales et aux ingérences des puissances européennes s’ajoutent les défaillances d’un pouvoir autocratique qui, sous Abdülhamid II, étouffe durablement la vie politique et sociale. C’est dans ce climat de crispation, mais aussi d’attente, que se forme le mouvement jeune-turc, autour d’un mot d’ordre central : le rétablissement de la Constitution de 1876.


    François Georgeon propose de revenir sur la matrice idéologique de la révolution jeune-turque, sur ses acteurs et sur le régime politique qui émerge de l’été 1908. Son analyse éclaire l’ivresse de liberté qui saisit alors l’empire, l’enthousiasme partagé par ses différentes communautés, mais aussi la brièveté de cet état de grâce. Elle met en lumière les ambiguïtés d’une séquence révolutionnaire, qui ouvre un horizon d’émancipation avant de se durcir rapidement.


    L’invité : François Georgeon est directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de l’Empire ottoman et de la Turquie contemporaine. Il publie Un printemps ottoman. La révolution jeune-turque de 1908 aux Belles Lettres (306 p., 26,90 €).


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    L’Occident musulman médiéval désigne un espace vaste et fragmenté, où le pouvoir du calife doit sans cesse s’inventer pour gouverner des territoires et des populations très divers. La royauté y combine autorité religieuse, contrôle politique et mise en scène matérielle du pouvoir. Comment le calife fait-il sentir son autorité dans un espace aussi peu unifié ? Quels relais de pouvoir utilise-t-il (élites locales, armée, administration, monnaie, architecture) ? En quoi la monnaie et les bâtiments symbolisent-ils concrètement l’autorité califale ? Le pouvoir du prince musulman est-il sacré comme celui des rois chrétiens d’Occident, et comment se représente-t-il dans un contexte qui limite les images figurées ?


    L'invité : Spécialiste des mondes musulmans, Pascal Buresi est directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS. Il est co-auteur du livre collectif Royautés, paru chez CNRS Éditions (464 p., 35 €).


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