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    Entre 1939 et 1944, Marc Bloch traverse l’une des périodes les plus sombres de l’histoire française. Historien reconnu, mobilisé à plus de 50 ans et témoin de la débâcle de 1940, il subit aussi l’exclusion imposée par les lois antisémites de Vichy, qui le frappent d’une véritable « mort civique ». Mais Bloch ne cesse jamais de penser ni d’agir. Dans L’Étrange Défaite, il analyse avec lucidité les causes de l’effondrement français. Puis il s’engage dans la Résistance, fidèle à une exigence : comprendre pour agir. Il est finalement arrêté, torturé dans la prison de Montluc et exécuté au mois de juin 1944. Alors qu'il fait son entrée au Panthéon, Storiavoce lui consacre deux émissions. Après avoir évoqué son apport historiographique avec Florian Mazel, Aya Aglan revient sur les dernières années de son existence.


    L'invitée : Professeure d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Alya Aglan est spécialiste de l'histoire des résistances en Europe et de la Seconde Guerre mondiale. Elle vient de publier La double mort de Marc Bloch (Flammarion, coll. Champs Histoire, 120 p., 6,50 €).


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    Né dans une France bouleversée par la Révolution et l’Empire, Bugeaud appartient à une génération d’officiers façonnée par les campagnes napoléoniennes, notamment par la guerre d’Espagne. Sa trajectoire le mène de l’Armée impériale à une carrière politique sous la monarchie de Juillet, entrecoupée par un long retour à la terre dans son domaine périgourdin. Son parcours le conduit finalement en Algérie, d’abord en 1836, puis comme gouverneur général à partir de 1841, au moment où la monarchie de Juillet entreprend de passer de l’occupation à la colonisation du territoire.


    À travers cette figure, Colette Zytnicki revient sur les violences de la conquête, de la razzia aux enfumades, mais aussi sur les débats que ces violences suscitèrent en France dès les années 1840. Son analyse éclaire la manière dont Bugeaud pensa ensemble guerre et colonisation, ainsi que l’empreinte durable laissée par ses méthodes dans la mémoire du passé colonial français.


    L’invitée : Colette Zytnicki est professeure émérite à l’université Toulouse-Jean-Jaurès. Spécialiste de l’histoire coloniale du Maghreb, elle publie Le Cas Bugeaud. Les violences de la conquête coloniale en Algérie aux éditions Tallandier (336 p., 22,90 €).


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    Relire La Société féodale de Marc Bloch aujourd’hui, c’est redécouvrir une œuvre fondatrice qui reste au cœur des débats historiographiques. Dans cette émission, le médiéviste Florian Mazel évoque sa propre découverte du livre et la lecture qu'il en a faite. Plus qu’une simple définition du féodalisme, Marc Bloch propose une analyse souple et critique des sociétés médiévales, attentive aux liens entre dépendances personnelles, structures économiques et cadres territoriaux. Par sa méthode et sa vision d’ensemble, il esquisse une forme d’histoire sociale novatrice, même si certains aspects de son modèle ont depuis été discutés et révisés.


    Alors Marc Bloch a-t-il tout inventé en histoire ? La question de son héritage invite au fond à dépasser le « mythe Bloch » : il a certes ouvert des voies majeures, mais il s'est aussi appuyé sur des influences multiples. Son travail n'en raisonne pas moins comme une œuvre fondatrice à l'influence bien au-delà de nos frontières.


    L'invité : Florian Mazel est professeur d'histoire médiévale à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il vient de co-éditer avec Yann Potin l'ouvrage collectif Marc Bloch. L'histoire en résistance (Seuil, 583 p., 27,90€).


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    Né en 1732 dans la colonie de Virginie, Washington évolue dans une société coloniale de planteurs, où la culture du tabac, l’esclavage et l’expansion foncière tiennent une place centrale. Avant d’être l’un des Pères fondateurs de la démocratie américaine, il est d’abord un homme de frontière, arpenteur, officier, puis grand propriétaire, formé dans le contexte de la rivalité franco-britannique en Amérique du Nord.


    La trajectoire de Washington ne s’arrête pas à la guerre d’Indépendance américaine. Elle se poursuit dans l’exercice d’une présidence encore à inventer, au moment où la jeune république doit organiser ses institutions, arbitrer entre pouvoir fédéral et droits des États, et définir sa ligne diplomatique. Les deux mandats de Washington (1789-1797) constituent ainsi un moment décisif dans la construction du nouvel État américain.


    L’invité : Yves-Marie Péréon est professeur à l’université Paris Panthéon-Assas et spécialiste de l’histoire des États-Unis. Il publie Washington. Le premier des Américains aux éditions Tallandier (464 p., 24,90 €).


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    Dans ce dernier épisode de notre série consacrée à l'esclavage, nous interrogeons son abolition : non pas comme un événement linéaire et héroïque, mais comme un processus complexe, traversé de tensions et d'ambiguïtés. Quelles sont les origines intellectuelles et religieuses de l'abolitionnisme ? Quel rôle ont joué les révoltes d'esclaves, souvent minorées face aux grands récits philanthropiques ? Et surtout : peut-on vraiment parler d'abolition quand l'engagisme, le travail sous contrat et les coercitions coloniales prolongent de fait les logiques serviles bien après les décrets officiels ? Entre guerres des mémoires et persistance de formes contemporaines d'asservissement, un éclairage indispensable pour penser l'après-esclavage et ses héritages.


    L'invité : Journaliste, spécialiste de politique internationale et notamment de l'Afrique, Vincent Hugeux enseigne à l'ESJ de Lille et à Sciences Po. Il est l'auteur de Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l'esclavage (Perrin, 315 p., 22 €).


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    Juin 1940 marque une rupture décisive dans l’histoire politique française. La débâcle, puis l’installation du régime de Vichy ouvrent une période où se superposent souveraineté diminuée, présence allemande et recomposition autoritaire de l’État. Cette configuration voit se déployer la collaboration, les politiques d’exclusion, les premières formes de résistance et, plus largement, les manières très diverses dont la société française affronte la guerre et l’occupation.


    Dans cette synthèse, Henry Rousso reprend les principales questions soulevées par cette période, des responsabilités de la défaite à la nature du régime de Vichy, de la persécution des juifs aux formes plurielles de la Résistance, jusqu’aux conditions du retour de la France parmi les vainqueurs en 1945. Il éclaire aussi les héritages mémoriels de l’Occupation, dont les échos continuent de traverser la société française jusqu’à aujourd’hui.


    L’invité : Henry Rousso est historien et directeur de recherche émérite au CNRS. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, de l’Occupation et du régime de Vichy, il publie La France sous l’Occupation aux éditions du Cerf, dans la collection "La Bibliothèque à remonter le temps" (128 p., 14 €).


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    Dans cet épisode, nous explorons deux systèmes esclavagistes souvent minorés dans les récits publics : la traite intra-africaine et la traite arabo-musulmane. Comment les définir ? En quoi se distinguent-elles l'une de l'autre, et comment s'articulent-elles avec la traite atlantique ? Quelles furent leurs routes, leurs justifications, leurs conséquences démographiques et sociales ? Et surtout : pourquoi ces traites, pourtant anciennes, durables et massives, restent-elles largement absentes des mémoires collectives en Afrique, dans le monde arabe et en Europe ? Entre enjeux historiographiques et débats mémoriels contemporains, un éclairage indispensable pour penser la complexité des esclavages.


    L'invité : Journaliste, spécialiste de politique internationale et notamment de l'Afrique, Vincent Hugeux enseigne à l'ESJ de Lille et à Sciences Po. Il est l'auteur de Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l'esclavage (Perrin, 315 p., 22 €).


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  • [REDIFFUSION]


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    Il promettait la paix ; son règne s’achève dans le fracas de Sedan. De la remise en cause de l’ordre de 1815 à la guerre franco-prussienne, Napoléon III multiplie les initiatives diplomatiques et militaires jusqu’au point de rupture.


    L'invité : Thierry Lentz revient sur les ambitions, les illusions et les erreurs qui ont précipité la chute du Second Empire


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    À rebours des simplifications et des lectures exclusivement mémorielles, Vincent Hugueux, spécialiste de l'Afrique, propose une « histoire raisonnée » du phénomène, attentive aux faits, aux mots et aux contextes. Que recouvre exactement le terme d’esclavage ? Peut-on en proposer une définition partagée ? Faut-il parler d’un système unique ou, au contraire, des « esclavages » au pluriel, tant les réalités diffèrent entre Antiquité méditerranéenne, monde arabo-musulman et traite atlantique ? Comment comparer sans céder à l’anachronisme ni au relativisme ? Au fil de cet échange, il est aussi question des grandes thèses historiographiques, des idées reçues à déconstruire, mais aussi des points de consensus sur lesquels s’appuyer pour avancer. Enfin, la discussion s’ouvre sur notre rapport contemporain à cette histoire : entre fatigue mémorielle, injonctions à « tourner la page » et débats sur la réparation, comment construire un discours à la fois exigeant, intelligible et utile au débat public ?


    L'invité : Journaliste, spécialiste de politique internationale et notamment de l'Afrique, Vincent Hugeux enseigne à l'ESJ de Lille et à Sciences Po. Il est l'auteur de Les Fers et le fouet. Une histoire raisonnée de l'esclavage (Perrin, 315 p., 22 €).


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    Nées dans l’Orient antique, ces Églises se sont constituées dans les premiers siècles du christianisme. Syriaques, arméniennes, coptes, grecques-melkites, maronites ou assyro-chaldéennes, elles se distinguent par leurs langues, leurs rites et leurs traditions. Leur histoire s’inscrit dans un espace traversé par les débats christologiques des premiers conciles, mais aussi par les recompositions politiques du Proche-Orient antique et médiéval.


    Joseph Yacoub propose ainsi de suivre ces communautés dans la longue durée, depuis leurs origines apostoliques jusqu’aux drames contemporains. Son analyse éclaire leur rôle missionnaire, leurs relations complexes avec l’islam et l’Église d’Occident, la place qu’elles ont occupée dans la modernité du Proche-Orient, mais aussi les persécutions, les déplacements et la dispersion qui menacent aujourd’hui leur avenir. Elle restitue ainsi toute l’épaisseur historique de populations trop souvent réduites à leur seule condition de victimes.


    L’invité : Joseph Yacoub est professeur honoraire de l’Université catholique de Lyon. Spécialiste du christianisme oriental, il publie Nouvelle Histoire des chrétiens d’Orient aux éditions Perrin (400 p., 24 €).


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    La croisade apparaît moins comme un objet univoque que comme un phénomène aux dimensions multiples. Guerre, expérience religieuse, construction narrative, mémoire et usage politique du passé s’y entremêlent étroitement. C’est aussi ce qui explique qu’elle ait donné lieu, dès son origine, à des lectures divergentes de part et d’autre de la Méditerranée.


    Abbès Zouache propose ainsi de reprendre la croisade à partir de ses sources, de ses récits et des cadres d’interprétation qui les ont longtemps ordonnés. Son analyse éclaire la position de l’historien face à des corpus largement produits par des pouvoirs religieux ou politiques, tout en revenant sur la violence, les justifications de la guerre, la place des femmes et les usages mémoriels de cet épisode médiéval. Elle met ainsi au jour les déplacements de sens, les conflits d’interprétation et les appropriations successives qui ont fait de la croisade un objet de mémoire autant que d’histoire.


    L’invité : Abbès Zouache est historien, directeur de recherche au CNRS et directeur des études de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire. Il publie La Croisade. Une histoire partagée à l’Institut français d’archéologie orientale (440 p., 43 €), ouvrage couronné par le Grand Prix du Livre des Journées de l’Histoire 2026 de l’Institut du monde arabe.


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    Le royaume d’Éthiopie, ou Abyssinie, offre un exemple singulier de royauté chrétienne en Afrique, prise entre des influences intérieures multiples et une dépendance religieuse extérieure à Alexandrie. La figure du négus s’y incarne dans un corps royal sacralisé, itinérant, et entouré de symboles puissants, comme le lion.


    Que recouvre exactement ce royaume : quelles frontières, quels peuples, quelle diversité religieuse ? Comment un roi chrétien gouverne‑t‑il une société multiculturelle et multilingue avec une langue d’administration propre ? Quelles conséquences politiques entraîne la dépendance de l’Église d’Éthiopie envers le patriarche d’Alexandrie, lui‑même soumis au sultan ?


    L'invitée : Marie-Laure Derat est directrice de recherche au CNRS, historienne et archéologue au sein du laboratoire Orient et Méditerranée. Elle est co-autrice du livre collectif Royautés publié chez CNRS Editions (464 p., 35 €).


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    Au début du XXe siècle, l’Empire ottoman est travaillé par des tensions profondes. Aux difficultés territoriales et aux ingérences des puissances européennes s’ajoutent les défaillances d’un pouvoir autocratique qui, sous Abdülhamid II, étouffe durablement la vie politique et sociale. C’est dans ce climat de crispation, mais aussi d’attente, que se forme le mouvement jeune-turc, autour d’un mot d’ordre central : le rétablissement de la Constitution de 1876.


    François Georgeon propose de revenir sur la matrice idéologique de la révolution jeune-turque, sur ses acteurs et sur le régime politique qui émerge de l’été 1908. Son analyse éclaire l’ivresse de liberté qui saisit alors l’empire, l’enthousiasme partagé par ses différentes communautés, mais aussi la brièveté de cet état de grâce. Elle met en lumière les ambiguïtés d’une séquence révolutionnaire, qui ouvre un horizon d’émancipation avant de se durcir rapidement.


    L’invité : François Georgeon est directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de l’Empire ottoman et de la Turquie contemporaine. Il publie Un printemps ottoman. La révolution jeune-turque de 1908 aux Belles Lettres (306 p., 26,90 €).


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    L’Occident musulman médiéval désigne un espace vaste et fragmenté, où le pouvoir du calife doit sans cesse s’inventer pour gouverner des territoires et des populations très divers. La royauté y combine autorité religieuse, contrôle politique et mise en scène matérielle du pouvoir. Comment le calife fait-il sentir son autorité dans un espace aussi peu unifié ? Quels relais de pouvoir utilise-t-il (élites locales, armée, administration, monnaie, architecture) ? En quoi la monnaie et les bâtiments symbolisent-ils concrètement l’autorité califale ? Le pouvoir du prince musulman est-il sacré comme celui des rois chrétiens d’Occident, et comment se représente-t-il dans un contexte qui limite les images figurées ?


    L'invité : Spécialiste des mondes musulmans, Pascal Buresi est directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS. Il est co-auteur du livre collectif Royautés, paru chez CNRS Éditions (464 p., 35 €).


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    Comment les sociétés antiques ont-elles répondu à un problème inhérent à notre humanité : la mort et la maladie ? À différents endroits du monde, plusieurs civilisations ont cherché à apporter des solutions ou, du moins, des apaisements face à ces maux. Ces réponses ont pris la forme de remèdes, de théories médicales et anatomiques diverses.

    Si l’on trouve certains invariants, comme le recours à une pharmacopée largement végétale, minérale et animale, force est de constater qu’il existe une grande variété de propositions thérapeutiques élaborées à Babylone, Rome ou Athènes, dans les civilisations égyptienne, arabe ou hébraïque, ou encore en Inde et en Chine.


    Est-il possible de mener une étude comparative dans des contextes culturels disparates ? Les similitudes entre les différentes traditions médicales sont-elles le fruit de coïncidences ou d'échanges culturels ? Quelle est la nature des liens entre religion, magie et médecine dans l’Antiquité ? Qui étaient les praticiens de ces médecines ? Quels regards portaient-ils sur leur pratique ?


    Au micro de Storiavoce, Véronique Boudon-Millot propose un panorama de ces premiers savoirs médicaux, dont l’histoire s’articule avec celle des conquêtes, des empires et des routes commerciales.

     

    L’invitée : Véronique Boudon-Millot est historienne, helléniste, directrice de recherche au CNRS. Spécialiste de la médecine antique, et notamment du corpus de Galien, elle avait publié en 2023 Vieux, un Grec ne peut pas l’être (Les Belles Lettres, 376 p., 19 €), qu’elle avait présenté au micro de Storiavoce. Cette année, toujours aux Belles Lettres, elle a dirigé l’ouvrage collectif L’Invention de la médecine de la Grèce à la Chine. Regards croisés entre l’Orient et l’Occident (358 p., 29 €).


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    Du point de vue français, l’année 1815 s’analyse simplement : après un dernier soubresaut, l’Empire napoléonien s’effondre à Waterloo et laisse place au retour de la monarchie. Avec le congrès de Vienne, la même année, l’Europe souhaite mettre un terme à l'ordre impérial, mais aussi aux velléités révolutionnaires, pour redessiner les cartes d’une Europe résolument monarchique et conservatrice.


    Ce tableau classique, qui fait de 1815 la date de la fin de l’âge des révolutions, ne résiste pourtant pas lorsque l’historien adopte une perspective d’histoire connectée moins européanocentrée. Révolutions en cascade dans le continent sud-américain, phénomènes de reconfigurations politiques en Afrique de l'Ouest et rébellion du Lotus blanc en Chine sont autant de phénomènes qui remettent en cause les catégories d'analyse classiques.


    Au micro de Storiavoce, l’historien Clément Thibaud propose une analyse plus complexe de cette période charnière et interroge les récits historiques habituels, qui font de 1815 la date sonnant la fin des empires au profit de l'État-nation" et le début d'une domination européenne sur le monde.


    L’invité : Clément Thibaud est historien et directeur d’études à l’EHESS. Il est spécialiste de l’histoire de l’Amérique latine au XIXe siècle et des révolutions et contre-révolutions du monde atlantique. Il a contribué à la collection “Une année dans l’histoire” aux éditions PUF avec son dernier livre : 1815. Fin de l’âge des révolutions ? (232 p., 17 €).


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    Dans les cités grecques, la citoyenneté ne se réduit pas à un statut acquis une fois pour toutes : elle suppose le maintien d’une timè, c’est-à-dire d’un honneur civique qui fonde la pleine participation à la vie politique. À l’inverse, sa perte — l’atimia — marque une forme de déchéance, à la fois morale et juridique, qui peut priver le citoyen de tout ou partie de ses droits. À travers les normes de conduite attendues, les sanctions encourues et les mécanismes d’exclusion ou de réintégration, se dessine une citoyenneté exigeante, étroitement surveillée par la cité elle-même.


    L'invitée : Christel Müller est professeure d’histoire grecque à l’université Paris Nanterre et membre senior de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de la citoyenneté et des sociétés grecques, elle a récemment publié La fabrique du citoyen. Les Grecs et la politeia d’Aristote à Auguste.


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    Du Coran et de ses premières interprétations aux débats sur les hadiths, de l’épanouissement intellectuel de l’époque abbasside aux réponses apportées à la modernité européenne, la vie intellectuelle du monde musulman se déploie sur plus de 13 siècles dans un espace traversé par la circulation des textes, des savants et des héritages. Nourrie d’apports grecs, persans, juifs et chrétiens, elle se construit dans un dialogue constant entre foi, raison et pouvoir. Elle est aussi travaillée par des tensions durables entre traditions savantes, approches rigoristes et consolidation d’un ordre juridique.


    Olivier Hanne propose ainsi de revenir sur les penseurs, les controverses et les contextes politiques qui ont rendu possible l’émergence d’un humanisme musulman. Son analyse éclaire le rôle des souverains dans la vie intellectuelle, les frictions entre philosophie, théologie et droit, la place du soufisme ainsi que les réponses contrastées apportées à la modernité européenne. Elle met ainsi en lumière les mouvements d’ouverture et de repli qui traversent l’histoire de l’islam.


    L’invité : Olivier Hanne est historien, chercheur associé à l’université de Poitiers. Spécialiste de l’histoire de l’islam, il publie L’Islam des Lumières. Histoire de l’humanisme musulman (VIIe-XXIe siècle) aux éditions Tallandier (368 p., 23,90 €).


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    Penser la citoyenneté grecque, c’est d’abord revenir à la politeia d’Aristote, c’est-à-dire à une définition exigeante du citoyen comme acteur de la vie politique. Mais derrière ce cadre théorique se cache une réalité plus mouvante : qui est véritablement citoyen dans les cités grecques, et selon quels critères le devient-on ? Entre citoyens dits « authentiques », héritiers d’une appartenance reconnue, et citoyens « fabriqués » par décision politique, la citoyenneté apparaît comme un statut à la fois juridique, social et profondément stratégique. À travers ses mécanismes d’attribution, ses formes de reconnaissance et ses usages, c’est toute la question de l’identité civique et du rapport entre individu et cité qui se trouve posée.


    L'invitée : Christel Müller est professeure d’histoire grecque à l’université Paris Nanterre et membre senior de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de la citoyenneté et des sociétés grecques, elle a récemment publié La Fabrique du citoyen. Les Grecs et la politeia d’Aristote à Auguste.


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    Des premières formations politiques du plateau iranien à l’Empire achéménide fondé par Cyrus le Grand, l’histoire de l’Iran s’inscrit dès le VIe siècle av. J.-C. dans une ambition impériale. Après la conquête arabe du VIIe siècle apr. J.-C. et l’intégration au monde islamique, la civilisation iranienne continue de s’affirmer, notamment à travers sa langue et sa culture. Entre périodes de domination étrangère et renaissances politiques, jusqu’à l’affirmation d’un Iran chiite à l’époque safavide, puis aux transformations engagées au XXe siècle sous les Pahlavi, cette trajectoire alterne expansion, effondrement et refondation.


    L’invité : Yves Bomati est historien, spécialiste de l’histoire de l’Iran. Il a publié Iran. Une histoire de 4 000 ans, coécrit avec Houchang Nahavandi, aux éditions Perrin (416 p., 24 €).


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