Avsnitt

  • Nicolas NaĂŻditch, Ph.D

    Sociologue, spécialiste de l'expérience patient

    Comprendre la douleur non seulement comme symptÎme, mais comme la plus fidÚle expression de l'expérience de la maladie vécue par le patient.


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    Une parenthĂšse sonore et visuelle oĂč la poĂ©sie se mĂȘle de la santĂ©.

    www.luckylink.lu

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    Texte original "La douleur." du Dr. Lucien Lahmi

    Personne ne joue la comédie quand il a mal.
    Personne ne simule la fatigue.
    Personne ne feint la tristesse, l’anxiĂ©tĂ© ou la dĂ©pression.

    Et pourtant, combien de fois ai-je entendu, pendant une garde ou une visite, que cette personne n’avait pas « vraiment mal ».

    On parlait de son origine, comme si ça expliquait tout.

    On disait que ces gens-lĂ  ressentent la douleur autrement.

    Mais non. La douleur, c’est celle qu’ils ressentent, pas celle qu’on imagine à leur place.

    On dit souvent Ă  ceux qui s’effondrent de fatigue de se reprendre. « Ça ira mieux, ressaisis-toi ».

    Mais face Ă  certaines maladies comme un cancer avancĂ©, la fatigue n’est pas un caprice. Chaque geste coĂ»te. Se lever, parler, mĂȘme respirer peut devenir une Ă©preuve.


    Alors, qu’est-ce qu’on peut dire ? Tout sauf culpabiliser. Accompagner, Ă©couter, ĂȘtre lĂ  quand chaque mouvement Ă©puise plus qu’il ne rĂ©conforte.

    Et puis, il y a l’anxieux. Celui dont on dit qu’il « en fait trop », qu’il complique tout. On oublie que lui non plus n’a pas choisi. Qui voudrait de ces vagues d’angoisse qui Ă©tranglent, qui montent Ă  la gorge, sans prĂ©venir, sans raison ? Si c’était aussi simple, il aurait dĂ©jĂ  fait disparaĂźtre cette boule qui l’étouffe.

    Enfin, il y a celui qui est tombĂ© dans le trou, celui qui est dĂ©primĂ©. Que ce soit l’ami ou le patient Ă  qui on rĂ©pĂšte qu’il faut relativiser. Qu’il suffit de regarder autour, que tout ira mieux. Mais il est lĂ , dans cette fosse oĂč aucune lumiĂšre ne l’atteint, oĂč mĂȘme les mots qui se veulent rĂ©confortants deviennent des reproches silencieux.

    Regarde à gauche, à droite, tout va bien, mais lui, il ne peut pas. Tout ce qui est proche est inaccessible. Lui dire de « penser positif » ne fait que renforcer cette certitude : il est incapable d'attraper ce qui est pourtant si prÚs.

    Personne ne choisit ça.

    Personne ne souhaite avoir mal, ĂȘtre Ă©puisĂ© ou triste. Personne ne dĂ©sire vivre dans l’ombre, l’anxiĂ©tĂ©, ou la dĂ©pression. On voudrait tous que la douleur s’efface, que la fatigue disparaisse, que ce voile se lĂšve enfin.

    Alors, que faire ?

    Écouter. Prendre le temps. Prendre la main. Soigner. Aider, sans relĂąche, mĂȘme quand tout semble figĂ©.

    Chercher ce qui peut soulager, ce qui peut rendre un peu de dignité, un peu de force.

    Et avec eux, continuer Ă  avancer, pas aprĂšs pas, jusqu’à ce que l’éclaircie ne soit plus un rĂȘve lointain, mais une rĂ©alitĂ© que l’on aura contribuĂ© Ă  crĂ©er.


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  • Guillaume Rousson

    Kinésithérapeute, entrepreneur et scientifique activiste pour l'expérience patient

    Une plongée philosophique dans les méandres de l'existence humaine face à la maladie.

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    Texte original du Dr. Lucien Lahmi :


    Lors d’une hospitalisation prolongĂ©e, j’ai compris quelque chose que l’on oublie dĂšs que l’on franchit la porte de sortie : le monde se rĂ©duit.


    Ce n’est pas seulement une impression, ni une simple mĂ©taphore.

    C’est une contraction rĂ©elle, physique. Une sorte de marĂ©e descendante qui, lentement, engloutit tout ce qui existait avant.


    La chambre devient le seul territoire. Un cube aux murs blancs, un espace oĂč les distances se comptent en pas – deux du lit Ă  la fenĂȘtre, trois du fauteuil Ă  la porte.

    Au dĂ©but, on regarde encore dehors. On tente de capter un mouvement, un signe qu’au-delĂ  des vitres, la vie continue.

    On sait que les voitures roulent, que des pains au chocolat tiĂšdes sont encore vendus dans des boulangeries, que quelqu’un quelque part rate son mĂ©tro.

    Mais trĂšs vite, cela devient une agitation floue, sans importance.

    Ce qui compte, c’est ici.

    Ce qui existe, c’est ce qui entre dans la chambre.

    L’infirmiùre qui pousse la porte, le chariot du repas avec son plateau de plastique, le bip des machines dans le couloir.

    Les jours perdent leurs noms.

    Ils sont des unités flottantes, interchangeables, qu'il est difficile de distinguer.


    D’ailleurs, j’ai un souvenir tendre de mon stage en soins palliatifs, et des jours inscrits sur les tableaux VellĂ©da. Ces dates tracĂ©es d’une main appliquĂ©e. Un dĂ©tail anodin, et pourtant essentiel. Une preuve discrĂšte que l’on sait, de l’autre cĂŽtĂ©, que le temps ne s’écoule pas de la mĂȘme façon ici. Que pour celui qui est allongĂ© dans ce lit, c’est un point d’ancrage dans un espace qui se dĂ©robe.


    Dans L’Écume des jours, un phĂ©nomĂšne ne m'a jamais quittĂ© : la maison de Colin et ChloĂ© rapetisse Ă  mesure que la maladie progresse. C’est exactement cela. Une existence qui se rĂ©tracte, qui se replie sur elle-mĂȘme.

    La maladie ne remet pas seulement en doute l’avenir, elle prend aussi l’espace.

    On rĂ©duit l'horizon. On cesse d’aller et venir.

    Lors de l'hospitalisation cela s'amplifie, tout tend à se ramasser, se contracter, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la respiration, le battement du cƓur, et le plafond comme plus simple horizon.

    Il n'est pas facile de voir cette rĂ©duction de l'univers au travers de la chambre d’hĂŽpital. Pour nous, c’est une piĂšce, un passage, un lieu temporaire.


    Nous venons avec tout notre monde actif sur nos Ă©paules – la rue, les magasins, les nouvelles du dehors. La parole est rapide et les gestes ne sont pas en reste. Alors que derriĂšre la porte, le temps n’a pas la mĂȘme densitĂ©.

    On referme la porte, et tout semble revenir à l’ordre.

    Mais ce que l’on quitte ne disparaĂźt pas. Il y aura toujours quelqu’un derriĂšre cette porte, un visage, une respiration, une lumiĂšre allumĂ©e dans la nuit.

    Un monde qui tient dans un lit, un paquet de gùteaux posé sur une table, une date inscrite sur un tableau blanc.

    Et si l’on y pense vraiment, alors on n’entre plus jamais de la mĂȘme maniĂšre.


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  • Alexandre Berkesse

    Citoyen philosophe engagé pour l'encapacitation des patients

    La consultation médicale vue comme une partition, un dialogue musical entre soignant et soigné.

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    Les mots de Lucien Lahmi

    Parfois, en fin de journée, je me retrouve fatigué aprÚs une longue série de consultations.

    Les heures s'étirent, les visages se succÚdent, chacun apportant son lot de préoccupations.

    En tant que médecin, il est facile de se laisser happer par cette routine, de sombrer dans une mécanique bien huilée mais parfois déshumanisante.

    Pourtant, il y a une réalité à laquelle je m'accroche : pour chaque patient qui entre dans ma consultation, ce moment est unique.

    Ils n'ont pas à savoir que je suis fatigué, ni ressentir ma langue engourdie, ni recevoir des informations moins claires ou moins détaillées.

    Souvent, c'est leur seule consultation de la journĂ©e, peut-ĂȘtre mĂȘme de la semaine ou du mois.

    Aussi, en oncologie radiothérapie, les patients viennent souvent avec l'angoisse du face-à-face avec la machine et la crainte de l'inconnu d'un traitement qui porte dans son nom un lot de représentations.

    C'est un instant qu'ils ont anticipé, redouté ou espéré.

    La veille, ils ont peut-ĂȘtre mal dormi en pensant Ă  cette consultation ou au contraire ont-ils beaucoup d'attentes envers le traitement.

    Je repense souvent Ă  "La Chambre des officiers" de Marc Dugain, oĂč chaque personnage, mĂȘme le plus secondaire, est traitĂ© avec une profondeur et une richesse qui lui confĂšrent une existence propre.

    De la mĂȘme maniĂšre, chaque patient que je rencontre mĂ©rite cette attention, ce respect, cette Ă©coute. ConsidĂ©rer chaque histoire, chaque espoir, chaque rĂ©ticence.

    Ainsi, mĂȘme lorsque la fatigue se fait sentir, avant d'ouvrir la porte vers le prochain patient, je me rappelle que c'est un moment important.

    Et c'est cette conscience qui me donne la force de réhabiliter ma parole, de rebùtir un sourire et de me comporter comme avec le premier patient.

    Il n'y a que des premiĂšres consultations.


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  • La beaute - Vincent Dumez

    Stratégie et expert du partenariat en santé

    Explorer la beaute dans la maladie, la resilience et la transformation personnelle

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    Je suis saisi par la beauté de mon métier.

    Vous me direz : Peut-on vraiment parler de beauté face à la maladie ?

    Je m'explique.

    Hier, dans l'intimité de mon bureau, un patient m'a parlé de l'accident. Celui qui, il y a quarante ans, a emporté sa fille. Sa voix était calme, posée presque. Mais derriÚre chaque mot, il y avait ce tremblement témoin du fardeau qui ne l'avait jamais quitté. Malgré la douleur, il y avait une beauté fragile dans ses mots. Celle d'un souvenir confié avec pudeur.

    Une peine qui, l'espace d'un instant, semblait s'alléger.

    Aujourd'hui encore, il y aura ces discussions porteuses de sens. Sur la vie, sur la famille. Sur des deuils ou des naissances. Ce métier que l'on ne peut plus faire ou ces lieux qui ont disparu. Ces souvenirs que l'on garde précieusement, ces détails infimes qui donnent un sens aux histoires. Tous ces moments qui se croisent, qui se répondent.

    Il y aura ces poignées de mains qui m'ont tant manqué en période d'épidémie, ces regards, ces silences qui disent tout. Il y aura ces corps qui parlent avant l'esprit.

    Je suis saisi par ce que je vis au quotidien. Des vies croisées, parfois abßmées par le chemin. J'arrive pour en prolonger les lignes. Sachant que tout n'est pas entre mes mains.

    Mais il y a une beautĂ© certaine dans la relation mĂ©decin-patient. Ces deux inconnus qui, cinq minutes plus tĂŽt, ne se connaissaient pas, et qui Ɠuvrent ensemble. Pour une vie longue, pleine. Une vie que les malheurs chatouillent, mais n'arrĂȘtent pas.

    Être mĂ©decin, c'Ă©tait un vƓu fort, un rĂȘve concret. Aujourd'hui, alors qu'on dit nos sociĂ©tĂ©s brisĂ©es, Ă©goĂŻstes, en perte de sens, je vois des personnes fortes et authentiques. Des Ă©quipes solidaires et bienveillantes. Des patients pleins d'espoir, qui remplissent leurs jours de joie plutĂŽt que d'amertume.

    Je suis reconnaissant Ă  cette France qui me permet de soigner sans condition de ressource ou de naissance. Qui m'a formĂ© sans rien me demander, sinon d'ĂȘtre exigeant et investi.

    Je suis chanceux de faire ce métier qui a autant de sens que de beauté.Découvrez l'univers Lu.
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    Texte de Lucien Lahmi mis en musique
    Episode #1


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  • Dr. Lucien Lahmi

    Cancérologue spécialisé en radiothérapie & Romancier

    Une réflexion poétique sur la cigarette, ses paradoxes et ses liens avec la condition humaine.

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    C'est beau, une cigarette en plein hiver.

    On est assis à la terrasse d'un café, le froid vous pique le visage, mais la chaleur douce de la fumée vous enveloppe, comme un manteau clandestin.

    On regarde les passants, ces silhouettes pressées qui filent sans se retourner, on regarde les pigeons qui sautillent sur le bitume, jouent avec la lumiÚre grise du soleil fuyant. Il y a quelque chose de trÚs cinématographique à tout ça, une scÚne de film en noir et blanc qui aurait le goût d'une autre époque.

    Fumer, c'est le charme et l'élégance. Une pose, une attitude. Et puis, il faut bien mourir de quelque chose, non ? Autant que ce soit avec style. Mourir de cette façon, en gardant ce petit air de défi, en exhalant la fumée comme une ultime provocation à la fatalité. On a l'impression de tenir quelque chose, de le contrÎler.

    Mais il y a cette voix, le soi de demain qui murmure. Celui qui sera alitĂ© dans une chambre stĂ©rile, Ă  regretter ces bouffĂ©es de multiples toxiques maquillĂ©s de nicotine qui, une Ă  une, ont empoisonnĂ© des futurs qui auraient pu ĂȘtre Ă©pargnĂ©s.

    C'est moche de mourir Ă  petit feu, sans jamais vraiment y prĂȘter attention.

    De savoir et de n'en rien faire, parce que « demain », c'est loin, c'est abstrait, c'est un autre. On croit qu'on peut esquiver l'échéance, faire de l'avenir une fiction à laquelle on n'aura jamais à se confronter.

    Il en faut, du courage, pour renoncer à ces bouffées qui comblent le vide, qui jouent l'apaisement, pour dire non à ce geste réconfortant qui ponctue nos échecs comme nos petits triomphes.

    Il en faut, de la force, pour abandonner ce qui est devenu un rituel, un balisage des moments de peine et des soirĂ©es de fĂȘte.

    Pourtant, ce courage, il est nĂ©cessaire. Parce que le moi de demain, celui qui ouvrira les yeux sur une vie sans cancer, pourrait le remercier. Parce qu'il n'est pas question de classe, de bravoure, de poĂ©sie de la dĂ©cadence. Juste de l'envie de vivre, de ne pas finir par devenir une ombre allongĂ©e dans un lit d'hĂŽpital qui regrette « de ne pas avoir arrĂȘtĂ© assez tĂŽt ». Tendre la main Ă  ce futur Ă©ventuel, offrir un espoir Ă  ce soi de l'avenir.

    Novembre est le Mois Sans Tabac. C'est le moment que vous pouvez choisir pour arrĂȘter de fumer.

    Plus de poĂ©sie, juste une rĂ©alitĂ© : chaque cigarette en moins est un risque de moins pour votre santĂ©. Il y a des associations et des professionnels qui peuvent vous aider Ă  arrĂȘter. Vous n'ĂȘtes pas seul, des solutions existent pour vous accompagner. Plus tĂŽt vous arrĂȘtez, plus grandes sont vos chances de vivre une vie plus saine et plus longue.

    Je vous l'affirme, on peut tout autant profiter d'un rayon de soleil ou d'un aprĂšs-midi d'hiver, sans pour autant serrer la mort au bout de ses doigts. Il y a des plaisirs qui n'ont pas besoin de cigarette pour exister.

    Fumer, c'est facile. ArrĂȘter, c'est ça, le vrai dĂ©fi.


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    Lors d’une hospitalisation prolongĂ©e, j’ai compris quelque chose que l’on oublie dĂšs que l’on franchit la porte de sortie : le monde se rĂ©duit.


    Ce n’est pas seulement une impression, ni une simple mĂ©taphore.

    C’est une contraction rĂ©elle, physique. Une sorte de marĂ©e descendante qui, lentement, engloutit tout ce qui existait avant.


    La chambre devient le seul territoire. Un cube aux murs blancs, un espace oĂč les distances se comptent en pas – deux du lit Ă  la fenĂȘtre, trois du fauteuil Ă  la porte.

    Au dĂ©but, on regarde encore dehors. On tente de capter un mouvement, un signe qu’au-delĂ  des vitres, la vie continue.

    On sait que les voitures roulent, que des pains au chocolat tiĂšdes sont encore vendus dans des boulangeries, que quelqu’un quelque part rate son mĂ©tro.

    Mais trĂšs vite, cela devient une agitation floue, sans importance.

    Ce qui compte, c’est ici.

    Ce qui existe, c’est ce qui entre dans la chambre.

    L’infirmiùre qui pousse la porte, le chariot du repas avec son plateau de plastique, le bip des machines dans le couloir.

    Les jours perdent leurs noms.

    Ils sont des unités flottantes, interchangeables, qu'il est difficile de distinguer.


    D’ailleurs, j’ai un souvenir tendre de mon stage en soins palliatifs, et des jours inscrits sur les tableaux VellĂ©da. Ces dates tracĂ©es d’une main appliquĂ©e. Un dĂ©tail anodin, et pourtant essentiel. Une preuve discrĂšte que l’on sait, de l’autre cĂŽtĂ©, que le temps ne s’écoule pas de la mĂȘme façon ici. Que pour celui qui est allongĂ© dans ce lit, c’est un point d’ancrage dans un espace qui se dĂ©robe.


    Un phĂ©nomĂšne ne m'a jamais quittĂ© : la maison de Colin et ChloĂ© rapetisse Ă  mesure que la maladie progresse. C’est exactement cela. Une existence qui se rĂ©tracte, qui se replie sur elle-mĂȘme.

    La maladie ne remet pas seulement en doute l’avenir, elle prend aussi l’espace.

    On rĂ©duit l'horizon. On cesse d’aller et venir.

    Lors de l'hospitalisation cela s'amplifie, tout tend à se ramasser, se contracter, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la respiration, le battement du cƓur, et le plafond comme plus simple horizon.

    Il n'est pas facile de voir cette rĂ©duction de l'univers au travers de la chambre d’hĂŽpital. Pour nous, c’est une piĂšce, un passage, un lieu temporaire.


    Nous venons avec tout notre monde actif sur nos Ă©paules – la rue, les magasins, les nouvelles du dehors. La parole est rapide et les gestes ne sont pas en reste. Alors que derriĂšre la porte, le temps n’a pas la mĂȘme densitĂ©.

    On referme la porte, et tout semble revenir à l’ordre.

    Mais ce que l’on quitte ne disparaĂźt pas. Il y aura toujours quelqu’un derriĂšre cette porte, un visage, une respiration, une lumiĂšre allumĂ©e dans la nuit.

    Un monde qui tient dans un lit, un paquet de gùteaux posé sur une table, une date inscrite sur un tableau blanc.

    Et si l’on y pense vraiment, alors on n’entre plus jamais de la mĂȘme maniĂšre.


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  •  Bienvenue dans le monde de Lu.

    Un podcast oĂč la poĂ©sie se mĂȘle de la santĂ©.

    Hello. Moi, c'est au Oriane Bismuth. Fondatrice de Lucky Link

    Je travaille dans la santé et en croisant les textes du docteur Lucien Lahmi j'ai eu envie de vous faire vivre une aventure de santé publique différente.

    À chaque Ă©pisode un acteur de santĂ© que j'admire viendra entrer en rĂ©sonance avec la beautĂ© des textes de Lucien

    Lu. le podcast de celles et ceux qui repensent la santé un mot aprÚs l'autre.

    Bonne écoute et belle aventure de santé publique avec Lu !

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    Personne ne joue la comédie quand il a mal.
    Personne ne simule la fatigue.
    Personne ne feint la tristesse, l’anxiĂ©tĂ© ou la dĂ©pression.

    Et pourtant, combien de fois ai-je entendu, pendant une garde ou une visite, que cette personne n’avait pas « vraiment mal ».

    On parlait de son origine, comme si ça expliquait tout.

    On disait que ces gens-lĂ  ressentent la douleur autrement.

    Mais non. La douleur, c’est celle qu’ils ressentent, pas celle qu’on imagine à leur place.

    On dit souvent Ă  ceux qui s’effondrent de fatigue de se reprendre. « Ça ira mieux, ressaisis-toi ».

    Mais face Ă  certaines maladies comme un cancer avancĂ©, la fatigue n’est pas un caprice. Chaque geste coĂ»te. Se lever, parler, mĂȘme respirer peut devenir une Ă©preuve.


    Alors, qu’est-ce qu’on peut dire ? Tout sauf culpabiliser. Accompagner, Ă©couter, ĂȘtre lĂ  quand chaque mouvement Ă©puise plus qu’il ne rĂ©conforte.

    Et puis, il y a l’anxieux. Celui dont on dit qu’il « en fait trop », qu’il complique tout. On oublie que lui non plus n’a pas choisi. Qui voudrait de ces vagues d’angoisse qui Ă©tranglent, qui montent Ă  la gorge, sans prĂ©venir, sans raison ? Si c’était aussi simple, il aurait dĂ©jĂ  fait disparaĂźtre cette boule qui l’étouffe.

    Enfin, il y a celui qui est tombĂ© dans le trou, celui qui est dĂ©primĂ©. Que ce soit l’ami ou le patient Ă  qui on rĂ©pĂšte qu’il faut relativiser. Qu’il suffit de regarder autour, que tout ira mieux. Mais il est lĂ , dans cette fosse oĂč aucune lumiĂšre ne l’atteint, oĂč mĂȘme les mots qui se veulent rĂ©confortants deviennent des reproches silencieux.

    Regarde à gauche, à droite, tout va bien, mais lui, il ne peut pas. Tout ce qui est proche est inaccessible. Lui dire de « penser positif » ne fait que renforcer cette certitude : il est incapable d'attraper ce qui est pourtant si prÚs.

    Personne ne choisit ça.

    Personne ne souhaite avoir mal, ĂȘtre Ă©puisĂ© ou triste. Personne ne dĂ©sire vivre dans l’ombre, l’anxiĂ©tĂ©, ou la dĂ©pression. On voudrait tous que la douleur s’efface, que la fatigue disparaisse, que ce voile se lĂšve enfin.

    Alors, que faire ?

    Écouter. Prendre le temps. Prendre la main. Soigner. Aider, sans relĂąche, mĂȘme quand tout semble figĂ©.

    Chercher ce qui peut soulager, ce qui peut rendre un peu de dignité, un peu de force.

    Et avec eux, continuer Ă  avancer, pas aprĂšs pas, jusqu’à ce que l’éclaircie ne soit plus un rĂȘve lointain, mais une rĂ©alitĂ© que l’on aura contribuĂ© Ă  crĂ©er.


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    Parfois, en fin de journée, je me retrouve fatigué aprÚs une longue série de consultations.


    Les heures s'étirent, les visages se succÚdent, chacun apportant son lot de préoccupations.

    En tant que médecin, il est facile de se laisser happer par cette routine, de sombrer dans une mécanique bien huilée mais parfois déshumanisante.

    Pourtant, il y a une réalité à laquelle je m'accroche : pour chaque patient qui entre dans ma consultation, ce moment est unique.

    Ils n’ont pas Ă  savoir que je suis fatiguĂ©, ni ressentir ma langue engourdie, ni recevoir des informations moins claires ou moins dĂ©taillĂ©es.

    Souvent, c’est leur seule consultation de la journĂ©e, peut-ĂȘtre mĂȘme de la semaine ou du mois.

    Aussi, en oncologie radiothĂ©rapie, les patients viennent souvent avec l’angoisse du face-Ă -face avec la machine et la crainte de l’inconnu d’un traitement qui porte dans son nom un lot de reprĂ©sentations.

    C'est un instant qu'ils ont anticipé, redouté ou espéré.

    La veille, ils ont peut-ĂȘtre mal dormi en pensant Ă  cette consultation ou au contraire ont-ils beaucoup d’attentes envers le traitement.


    Je repense souvent Ă  "La Chambre des officiers" de Marc Dugain, oĂč chaque personnage, mĂȘme le plus secondaire, est traitĂ© avec une profondeur et une richesse qui lui confĂšrent une existence propre.

    De la mĂȘme maniĂšre, chaque patient que je rencontre mĂ©rite cette attention, ce respect, cette Ă©coute.

    Considérer chaque histoire, chaque espoir, chaque réticence.

    Ainsi, mĂȘme lorsque la fatigue se fait sentir, avant d’ouvrir la porte vers le prochain patient, je me rappelle que c'est un moment important.

    Et c'est cette conscience qui me donne la force de réhabiliter ma parole, de rebùtir un sourire et de me comporter comme avec le premier patient.

    Il n’y a que des premiùres consultations.


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    Je suis saisi par la beauté de mon métier.


    Vous me direz : Peut-on vraiment parler de beauté face à la maladie ?


    Je m'explique.

    Hier, dans l'intimité de mon bureau, un patient m'a parlé de l'accident.

    Celui qui, il y a quarante ans, a emporté sa fille. Sa voix était calme, posée presque. Mais derriÚre chaque mot, il y avait ce tremblement témoin du fardeau qui ne l'avait jamais quitté.
    Malgré la douleur, il y avait une beauté fragile dans ses mots.

    Celle d'un souvenir confié avec pudeur.

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    Une peine qui, l'espace d'un instant, semblait s'alléger.

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    Aujourd'hui encore, il y aura ces discussions porteuses de sens. Sur la vie, sur la famille. Sur des deuils ou des naissances. Ce mĂ©tier que l’on ne peut plus faire ou ces lieux qui ont disparu.

    Ces souvenirs que l'on garde précieusement, ces détails infimes qui donnent un sens aux histoires. Tous ces moments qui se croisent, qui se répondent.

    Il y aura ces poignĂ©es de mains qui m’ont tant manquĂ© en pĂ©riode d’épidĂ©mie, ces regards, ces silences qui disent tout. Il y aura ces corps qui parlent avant l'esprit.

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    Je suis saisi par ce que je vis au quotidien. Des vies croisées, parfois abßmées par le chemin. J'arrive pour en prolonger les lignes. Sachant que tout n'est pas entre mes mains.

    Mais il y a une beautĂ© certaine dans la relation mĂ©decin-patient. Ces deux inconnus qui, cinq minutes plus tĂŽt, ne se connaissaient pas, et qui Ɠuvrent ensemble.

    Pour une vie longue, pleine. Une vie que les malheurs chatouillent, mais n'arrĂȘtent pas.

    Être mĂ©decin, c'Ă©tait un vƓu fort, un rĂȘve concret. Aujourd'hui, alors qu'on dit nos sociĂ©tĂ©s brisĂ©es, Ă©goĂŻstes, en perte de sens, je vois des personnes fortes et authentiques. Des Ă©quipes solidaires et bienveillantes. Des patients pleins d'espoir, qui remplissent leurs jours de joie plutĂŽt que d'amertume.

    Je suis reconnaissant Ă  cette France qui me permet de soigner sans condition de ressource ou de naissance. Qui m'a formĂ© sans rien me demander, sinon d'ĂȘtre exigeant et investi.

    Je suis chanceux de faire ce métier qui a autant de sens que de beauté.


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