Avsnitt

  • Le missile de croisière Flamingo, de l'entreprise ukrainienne Fire Point, était l'un des incontournables du Salon de l'armement Eurosatory, qui a fermé ses portes vendredi 19 juin. Iryna Terekh, la patronne de Fire Point, qui emploie 6 000 personnes, illustre les immenses ambitions de l'industrie de défense de l'Ukraine. Entretien.

    Une ambiance musicale et des images de frappes de missiles sur grand écran dignes d'un blockbuster sur le stand surdimensionné de Fire point, et bien sûr la maquette à l'échelle 1 du Flamingo, le plus gros missile de croisière au monde : 12 mètres de long peint en rose – comme les ongles d'Iryna Terekh. Sous le bras, la très jeune PDG, perchée sur des stilettos, tient une peluche de flamant rose.

    « Les Flamingo sont des missiles de croisière, mais avec cette image du flamant rose, on fait passer beaucoup de messages. Vous savez, nous n'aurions jamais fait des missiles si notre voisin fou ne nous avait pas attaqué. Nous sommes fondamentalement pacifiques. Et c'est la raison pour laquelle nous avons choisi un oiseau pacifique comme symbole », explique Iryna Terekh.

    « FP pour Fire Point, mais aussi pour F*** Poutine »

    FP, les initiales de Fire Point, c'est aussi pour dire « F*** Poutine » (« On emm*** Poutine »), sourit Iryna Terekh. Une communication à l'emporte-pièce, directe et efficace pour cette architecte de formation de 34 ans, qui a fondée en 2022 cette entreprise devenue emblématique de l'industrie de guerre ukrainienne. Outre le Flamingo, Fire Point produit aussi les drones FP-1 et revendique 60% des frappes ukrainiennes par drones.

    « Nous avons créé cette entreprise avec deux amis sur un coin de table ! Dès le départ, ma mission était de mettre en place la production. Mon objectif était de fabriquer 20 drones FPV par mois et c'était déjà extrêmement ambitieux ! J'avais déjà pas mal d'expérience comme entrepreneure dans le bâtiment, mais produire 20 drones par mois, en 2022, c'était du jamais vu, ça paraissait fou ! Et aujourd'hui, nous livrons près de 300 drones FPV par jour, ce qui prouve que la logique de notre architecture, malgré les attaques répétées, était pertinente et efficace. Nous continuons donc à la développer », poursuit la PDG.

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    Évolutivité et faible coût, la doctrine de l'entreprise

    En peu de temps, l'entreprise a percé dans un secteur de haute technologie. Pour y parvenir, elle a su nouer des partenariats avec des majors françaises, notamment pour le guidage du missile Flamingo. « C'est un produit à 90% ukrainien et 10% vient de l'Ouest. Nous avons bénéficié d'une aide considérable de l'Ouest, avec pour objectif une intégration locale et verticale maximale. C'est ce qui garantit notre indépendance et notre capacité à protéger notre souveraineté sans autorisation. Nous recevons notamment l'aide de la France, une aide précieuse, mais aussi d'autres pays européens. En revanche, nous excluons tout recours à la technologie chinoise et américaine. C'est une façon de redonner au continent européen sa puissance et sa souveraineté technologique », développe Iryna Terekh.

    Sur le papier, le Flamingo peut emporter plus d'une tonne de charge à 3 000 kilomètres et coûte dix fois moins cher qu'un missile occidental. Pour toute l'industrie de défense européenne, l'Ukraine est aujourd'hui incontournable, assure Iryna Terekh. « Nous pensons que le moyen le plus efficace de tester les systèmes d'arme, de les confronter à la guerre moderne, c'est de le faire en Ukraine. Car il est impossible de récréer ailleurs les conditions du front, le brouillage en particulier. Si l'on veut faire évoluer de manière efficace les systèmes de navigations électronique, les centrales inertielles, l'Ukraine est l'endroit idéal. Il n'existe aucun autre terrain d'essai comparable au monde. Et nous sommes le plus forts », martèle la jeune PDG d'un air bravache, le point levé en signe de défi.

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  • Eurosatory ouvre ses portes lundi 15 juin à Villepinte, au nord de Paris. Les drones en particulier donneront le ton du plus grand salon de l’armement terrestre.

    Ce rendez-vous de l’industrie de défense sera le réceptacle des tensions géopolitiques et des conflits en cours, raison pour laquelle Eurosatory fait le plein. Plusieurs milliers d’exposants venus de 65 pays, c’est un record. Certains petits pays, inconnus jusque-là de la sphère défense, auront même cette année leur stand, indique Charles Beaudoin, commissaire du Salon, et c’est le signe d’un réarmement général : « L'Ouzbékistan, par exemple, est un pays qui apparaît dans le spectre. Il ne venait pas sur le salon, sa présence est une première. Donc, on voit bien que le salon est en augmentation permanente. Nous aurons plus de 2 200 exposants. Nous étions déjà le plus grand salon de sécurité-défense au monde, mais là, nous avons ouvert un hall supplémentaire, il est occupé. On sent très bien qu'il y a une préoccupation très forte dans le monde de pouvoir se réarmer de manière à pouvoir faire face éventuellement à des conflits qui semblent s'annoncer. »

    Risque d’un conflit direct entre l’Europe et la Russie, embrasement du Moyen-Orient, les armées viennent chercher sur étagère des solutions clés en main, et deux sujets prédominent : les drones et les missiles. « Eurosatory 26 s'inscrit dans une situation géopolitique compliquée. Les drones et la lutte anti-drones s’imposent avec la nécessité d'aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort et beaucoup plus en nombre pour les armées européennes. Les sujets missiles et antimissiles reviennent aussi, avec la capacité sol/sol à très longue portée. L'Europe n'en est pas dotée aujourd'hui et c'est un sujet qui revient, il y aura des propositions sur le sujet. Qui dit missiles dit antimissiles. Donc, vous verrez des solutions de missiles hypervéloces et d'interception de missiles hypervéloces. Autre sujet, l'espace : c'est une évidence aujourd'hui, la nécessité absolue de disposer de microconstellations à l'instar de Starlink qui a permis à l'armée ukrainienne de résister. »

    À côté des acteurs traditionnels de l’industrie de défense, beaucoup de nouveaux entrants sont attendus. Beaucoup de startups et d’entreprises duales. La « deep tech » a le vent en poupe, exemple avec l’intelligence artificielle qui s’immisce dans tous les systèmes d’armes, pointe Charles Beaudoin : « La deep tech, ce sont ces startups qui aujourd'hui proposent des technologies de rupture. L’intelligence artificielle, le cloud, ce sont des cas concrets dans l'armée ukrainienne et c'est clairement là où il faut aller. Ce que j'appelle le troisième âge de la numérisation, après les systèmes numériques, c'est maintenant l'âge de l'exploitation de la donnée et donc l'âge de l'IA et des clouds. »

    À Eurosatory, quelque 80 sociétés ukrainiennes, contre dix pour l'édition précédente, présenteront leurs drones, systèmes robotisés et missiles de frappe en profondeur, autant de systèmes d’armes éprouvés dans la guerre contre la Russie.

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  • C’était les 1ᵉʳ et 2 juin derniers sur le champ de tir de Biscarrosse dans les Landes, l’armée de l’air a expérimenté les premiers tirs contre des drones depuis un hélicoptère de manœuvre. La lutte anti-drones offre un nouveau souffle aux hélicoptères militaires. En France, la reconversion des appareils a commencé.

    La guerre au Moyen-Orient a servi de bascule. Dans l’urgence, des hélicoptères français ont été engagés dans la défense des Émirats arabes unis. Des hélicoptères d’attaque Tigre de l’armée de terre, mais aussi des hélicoptères légers Fennec de l’armée de l’air, ont fait mouche à tous les coups contre les drones Shahed iraniens. Alors puisque les hélicoptères sont efficaces, tous les modèles sont désormais reconvertis à la lutte anti-drones. Cette semaine, c’était le tour des hélicoptères Caracal.

    Ces gros hélicoptères habituellement dédiés à la logistique ont été lestés de mitrailleuses de sabord et se sont révélés parfaitement adaptés à cette lutte. Ce fut même plutôt facile, juge le lieutenant-colonel Laurent, en charge des nouvelles capacités pour les hélicoptères à l’état-major de l’armée de l’air : « En réalité, ça n'a pas été si compliqué que ça, puisqu'on dispose déjà d'une très grande variété de savoir-faire, que ce soit au travers de notre contribution à la défense aérienne, mais également de notre engagement quotidien en opérations extérieures, souligne le lieutenant-colonel. Et l'enjeu pour les hélicoptères de l'armée de l'air et de l'espace en particulier a été d'adapter ces capacités de tir qui étaient soit tournées vers de l'appui-feu air-sol en opérations extérieures, soit tournées vers des menaces qui étaient un petit peu différentes, mais malgré tout assez similaires dans le cadre de la défense aérienne. Et l'enjeu a bien été de pouvoir adapter relativement facilement ces capacités-là face aux drones. »

    Pour que les hélicoptères servent de bouclier, il a fallu néanmoins moderniser une partie de la flotte en l’équipant d’une liaison 16, le système d’identification qui équipe tous les avions de combat. « On a vu au Moyen-Orient qu'il y avait énormément d'aéronefs qui étaient en vol dans le même espace aérien. Il y a des aéronefs alliés, mais également des menaces qu'il faut identifier, détruire éventuellement, poursuit le lieutenant-colonel. Et pour ça, il faut éviter à tout prix le tir fratricide. On a fait un très gros effort sur la capacité de liaison 16, pour laquelle nos hélicoptères n'étaient pas équipés jusqu'ici, en particulier l'hélicoptère Fennec que nous avons engagé. En 48 heures, on a été en mesure d'équiper ces hélicoptères de cette nouvelle capacité pour pouvoir les intégrer au mieux dans ce dispositif. »

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    La lutte anti-drones, qui fait quoi ?

    La lutte anti-drones, c’est une défense multicouche, souligne le lieutenant-colonel Laurent : de haut en bas, chacun à sa place : « Ça part déjà au sol d'un dispositif de détection qui, lui, va être en charge de détecter le plus tôt possible la menace lorsqu'elle arrive. Et ensuite, c'est tout un dispositif qui va partir de l'avion de chasse, qui lui vole au loin et a des capacités de détection accrues. Le Reaper sera vraiment entre le Rafale et l'hélicoptère. C'est un élément qui a des caractéristiques qui lui sont propres. En particulier, il a de la persistance parce qu'il est capable de voler longtemps. Il est capable de voler haut, explique le lieutenant-colonel Laurent. Dans le bas du spectre, il y a l'hélicoptère à proximité des côtes, qui, lui, aura des capacités d'identification et une capacité à se rapprocher par son domaine de vol, qui est plus proche du drone. Aujourd'hui, on a mis en place tout un spectre de capacités et on est encore en train de les adapter pour pouvoir être le plus efficace possible. Et l'enjeu, il n'est pas d'avoir un hélicoptère qui soit exclusivement capable de traiter cette menace-là, mais bien de pouvoir utiliser l'ensemble des capacités qu'on a à notre disposition pour pouvoir les traiter. »

    Véritable alternative aux très coûteux missiles sol-air, les hélicoptères prouvent qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot, c’est aussi l’une des révélations de la révolution drone.

    À écouter dans DécryptageLes drones dans la guerre du XXIè siècle

  • Ce mercredi 27 mai 2026, au Sénat, la chambre haute a proposé d’accentuer l’effort budgétaire en faveur des armées en votant en commission une enveloppe de 14 milliards d’euros qui viennent s’additionner aux 36 milliards demandés par le gouvernement dans l’actualisation de la Loi de programmation militaire. Une hausse destinée à gonfler le format des armées.

    Dans un contexte mondial marqué par les crises, les sénateurs veulent donc aller plus loin que l’exécutif. Et l’objectif financier final de la loi de programmation militaire (LPM) devient vertigineux puisqu’avec cette nouvelle hausse, les sénateurs proposent un pic des dépenses militaires de 450 milliards d’euros à la fin de la décennie, soit 2,7 % du PIB.

    Les 450 milliards d’euros, pourquoi faire ?

    Les urgences capacitaires sont nombreuses, pointe le sénateur Cédric Perrin, membre de la commission Défense et des Forces armées. Il faut notamment gonfler le format de la Marine et celui de l'Armée de l'Air, dont les forces sont aujourd'hui très sollicitées : « On a amendé le tableau capacitaire pour répondre en quelque sorte, d'abord, à la demande qu'avait faite à l'époque le ministre des Armées en février 2025, lorsqu'il disait qu'il manquait une trentaine de Rafale, trois frégates et du matériel terrestre. Et donc le tableau annexe a été modifié avec 20 Rafale Air supplémentaires et 10 Rafale Marine, trois frégates. Il y a aussi évidemment des amendements sur l'aérobalistique à 1 000 kilomètres et qui pourraient être utilisés par les trois armes terre, mer et air, avec évidemment des demandes qui sont importantes. »

    « On a des sujets sur les drones navals, sur les drones furtifs également, étant entendu que tout ça ne sera pas forcément livré tout de suite. Il est bien évident que l'idée c'est aussi de cranter des commandes, de cranter des objectifs et de ne pas perdre de temps puisque, à force de repousser aux calendes grecques un certain nombre de commandes, évidemment on perd du temps et on est livré très tardivement. On se bat pour une LPM sincère et surtout une LPM de cohérence avec les menaces auxquelles l'exécutif nous prépare depuis maintenant un certain temps. »

    Un signalement stratégique budgétaire

    À plusieurs reprises, l'état-major des armées a alerté sur un risque de conflit avec la Russie d’ici la fin de la décennie, mais le vote du Sénat ne présente qu’une trajectoire indicative.

    Cela s’apparente à un signalement stratégique budgétaire, pour donner beaucoup plus d’ambition à une loi de programmation militaire jugée insuffisante à l’égard de la menace, insiste Cédric Perrin.

    « Je pense que c'est une question de priorité qu'on doit se donner. Aujourd'hui, on est dans une situation extrêmement complexe où on a envoyé des précurseurs au Groenland. On a ensuite envoyé notre groupe aéronaval à Chypre. On est dans une situation extrêmement complexe dans le détroit d'Ormuz. L'Ukraine étant elle aussi en difficulté, les théâtres d'opérations se multiplient et je crois qu'il faut que nous soyons prêts. Et donc c'est une sorte de priorité qu'on doit se donner aujourd'hui. Pour moi en tous cas, la question de la défense est une priorité absolue. Et puis on a besoin aussi, dans le cadre du débat pour l'élection présidentielle, de débattre de ces sujets. Or, je rappelle quand même que pour toutes les élections présidentielles qui se sont déroulées ces quinze dernières années, il n'y a pas eu de débat sur les questions de défense. Je pense que fondamentalement, aujourd'hui, c'est un sujet qui doit être débattu. Et je pense aussi, fondamentalement, que nous sommes observés par nos adversaires potentiels, les adversaires qui regardent ce que nous faisons et ce que nous votons. »

    Les investissements réels pour les armées sont votés chaque année dans le projet de loi de finances. Le supermarché de 50 milliards d’euros d’ici 2030 souhaité par le Sénat sera donc potentiellement adopté qu’après l’élection présidentielle, mais le débat est ouvert.

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  • Les 16 et 17 mai 2026, Kiev a lancé sur la Russie l'une de ses attaques les plus massives. Plus de 600 drones sont tombés sur la capitale, Moscou, mais aussi sur des zones qui se trouvent à plus de 1 700 kilomètres de la frontière ukrainienne. Les frappes ukrainiennes en Russie sont de plus en plus nombreuses et efficaces et pourraient être une bascule.

    Situées à près de 2 000 kilomètres de l'Ukraine, les villes russes de Iekaterinbourg, Perm, Tcheboksary ont été touchées : des usines d'armement, des raffineries, des aérodromes attaqués dans cette région de l'Oural russe, qui se pensait jusque-là à l'abri de la guerre. Des frappes dronisées longue distance qui, pour les forces ukrainiennes, ont représenté quelques défis.

    Vincent Tourret, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), explique : « Le premier défi, c'est tout simplement le nombre de drones en production pour atteindre ces distances-là. C'est augmenter la charge utile sur chaque drone. Réussir à avoir des appareils qui soient capables d'évoluer malgré les interférences électroniques russes. Et puis enfin, le problème est d'affaiblir suffisamment la défense anti-aérienne et antimissiles de Moscou pour passer de plus en plus. Les Ukrainiens, sur plus d'un an, on fait cet effort industriel, technologique et opérationnel, où petit à petit, ils ont grignoté les batteries et les radars situés en Ukraine, puis ensuite dans les régions limitrophes comme Belgorod ou la Crimée, et ont commencé à élargir les trous dans la raquette de la défense russe. »

    Amener la guerre dans le quotidien des Russes

    Ces frappes dans profondeur révèlent des failles béantes dans le dispositif de protection russe et provoque de fait des bouleversements stratégiques. Vincent Tourret poursuit : « Le niveau qui est le plus visible, celui stratégique, est d'amener la guerre dans la vie de tous les jours des Russes. C'est un des buts avoués de la stratégie ukrainienne. Mais là, ce qui est le plus intéressant et le plus important, c'est que jusqu'à maintenant, on avait une lutte ukrainienne avec les drones qui étaient dans l'infiniment petit, avec les FPV, les drones sur la ligne de front, et l'infiniment grand, donc les frappes sur les villes russes et les raffineries. Ce qui, maintenant, est en train de changer, c'est l'interdiction à portée moyenne – entre 50 et 100 kilomètres –, où les Ukrainiens ont désormais des drones efficaces pour aller frapper des centres de munitions, leur logistique, les zones de concentration, les bases, les garnisons. Et donc, il y a un vrai risque pour les Russes que les Ukrainiens arrivent à finalement asphyxier leurs efforts et à stabiliser le front, voire à reprendre l'initiative. »

    Un été 2026 possiblement décisif

    Si pour le moment, aucune inflexion n'a été observée côté russe, l'été est propice aux offensives et servira de test à la théorie de la victoire de chacun, souligne Vincent Tourret : « Les Russes sont restés sur l'idée selon laquelle ils peuvent user les forces ukrainiennes en les pressurisant jusqu'à ce qu'elles craquent. La théorie ukrainienne, inversement, c'est de se dire qu'ils peuvent mettre un coup d'arrêt suffisamment fort, détruire suffisamment des pointes d'offensives russes pour qu'il y ait une stagnation, voire une stabilisation du front. Et pour y parvenir, ils robotisent à outrance le front. Effectivement, cet été ces deux théories vont se répéter à forte puissance. »

    Après plus de quatre ans de guerre, l'été 2026 pourrait donc être décisif, avec pour bilan un possible épuisement des forces en présence.

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  • Le Charles-de-Gaulle se dirige vers la mer d'Arabie. Un « signal » selon lequel la coalition montée par Londres et Paris se tient prête à sécuriser le détroit d'Ormuz. Si cette opération de réassurance au profit des navires de commerce voit le jour, la mission articulée autour du groupe aéronaval devrait nécessairement être longue. Les 1 800 marins du navire-amiral de la flotte française déjà en mer depuis bientôt quatre mois s'organisent pour rester mobilisés et garder le moral.

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  • Le porte-avions français Charles-de-Gaulle a franchi cette semaine le canal de Suez, il se dirige vers la mer d'Arabie qu'il devrait atteindre dans une semaine. Un « signal » que la coalition montée par Londres et Paris se tient prête à sécuriser le détroit d'Ormuz. Le porte-avions et son escorte sont en mesure d'agréger une coalition navale et pour piloter une opération de déconfliction dans le détroit, le groupe aéronaval pourrait aussi se doter de nouveaux moyens de défense.

    Et si la solution pour protéger une coalition navale, c'était le Tigre ? L'hélicoptère Tigre de l'armée de Terre a été testé en mars dernier aux Émirats arabes unis et, avec son canon de 30 mm et ses deux paniers de 22 roquettes, il s'est révélé véritablement efficace et dissuasif contre les drones iraniens. Alors, si la marine devait s'engager dans une opération de sécurisation d'Ormuz, elle souhaite avoir des Tigre à bord de ses frégates, indique l'amiral Thibault de Possesse. Il commande le groupe aéronaval et nous l'avons interrogé il y a une semaine sur le pont du Charles-de-Gaulle, qui se trouvait alors en Méditerranée orientale.

    « Récemment, on a validé, grâce aux efforts de la DGA [Direction générale de l'armement] et aux efforts de la marine et de l'armée de terre, l'emploi d'hélicoptères Tigre sur les frégates de la marine nationale, explique l'amiral. Et donc on est capable aujourd'hui de faire poser et de faire décoller depuis les frégates de la marine ces hélicoptères de combat qui sont armés et qui sont adaptés à l'interception des drones. Ils ont démontré aujourd'hui aux Émirats arabes unis leur efficacité face à ce type de menace. »

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    Les Tigre, un complément aux Rafale

    L'amiral Thibault de Possesse poursuit : « C'est un excellent complément [aux Rafale qui tirent, eux, des missiles Mica]. D'abord parce que c'est un peu moins cher. Mais surtout, ça permet d'avoir une couche de défense supplémentaire. Les Rafale sont au loin, les hélicoptères sont plus près et, en dernier recours, on a des bateaux d'escorte qui peuvent escorter soit le porte-avions, soit d'autres bateaux si c'est nécessaire, comme on le fait aujourd'hui dans Bab-el-Mandeb. »

    Si l'opération navale pour mettre fin au blocus voit le jour, il faudra être capable de rapidement déployer des moyens militaires pour empêcher d'éventuelles frictions. L'arrivée d'hélicoptères de combat de l'armée de terre sur les bateaux de la Marine nationale serait donc un gage de réassurance pour sécuriser les bâtiments civils, assure l'amiral Thibaud de Possesse. « Le retour des drones montre que les compétiteurs, les adversaires potentiels, essayent de nous prendre à contrepied et essayent de jouer des armes offensives de très bas coût pour qu'on s'épuise à dépenser des armes rares et très chères que sont nos missiles, surperformants par rapport à la menace, en réalité, analyse-t-il. Et donc nous, évidemment, on réagit et on ressort des armes moins chères qu'on a finalement dans notre arsenal. On essaye aussi de construire des drones anti-drones. »

    Des hélicoptères Tigre aussi pour le Charles-de-Gaulle ?

    « Alors poser un Tigre sur le Charles-de-Gaulle est assez simple, mais en réalité, ça n'a pas beaucoup d'intérêt parce qu'un porte-avions se tient très loin de la menace et donc un drone Shahed aujourd'hui aurait beaucoup de mal à trouver un porte-avions qui bouge par ailleurs, qui est loin de la menace, explique l'amiral. Et donc le guider sur un porte-avions, ça représente un défi très important. Il a quand même assez peu de chance de passer. »

    L'environnement des mers chaudes ne nécessite pas de mariniser les appareils. Les hélicoptères Tigre de l'aviation légère de l'armée de terre pourraient donc très prochainement embarquer et ce serait une véritable révolution tactique et opérationnelle.

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  • Redevenue un point névralgique de l'Alliance atlantique, la base aérienne de Keflavik accueille des rotations régulières d'avions alliés chargés de surveiller l'espace aérien islandais. Au cœur de l'Atlantique nord, l'Otan entend afficher sa présence face à la Russie.

    Sur le tarmac de la base aérienne islandaise de Keflavik, le lieutenant-colonel Arvidsson désigne un avion de chasse stationné dans un hangar. Le JAS 39 Gripen, fleuron de l'industrie de défense suédoise, fait partie des six avions déployés en février par Stockholm dans le cadre d'une mission de police du ciel de l'Otan.

    « C'est un avion multirôle. Vous avez là ce qu'on appelle un ''pod de désignation'' qui permet d'identifier des cibles : un autre avion ou des drones. On les détecte au radar, et si besoin, on les verrouille, détaille le militaire. L'avion est aussi équipé d'un canon de 27 millimètres intégré dans le fuselage. L'idée ici, c'est d'avoir une capacité d'autodéfense. »

    Une base redevenue stratégique depuis le départ des Américains

    Construite pendant la Seconde Guerre mondiale, la base de Keflavik a longtemps accueilli des forces américaines. Mais en 2006, Washington retire officiellement ses soldats d'Islande, laissant ce petit pays de 400 000 habitants – sans armée permanente – dépendre entièrement de ses alliés.

    Depuis, les États membres de l'Otan assurent par rotation la surveillance du ciel islandais. La Suède, devenue officiellement membre de l'Alliance en 2024, vient d'y effectuer pour la première fois une mission autonome.

    « Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, deux appareils sont prêts à décoller, précise Robin Arvidsson. Si on détecte quoi que ce soit qui s'approche de l'Islande, comme des drones, on peut intercepter la menace. Jusqu'ici, nous n'avons pas eu à intervenir, mais on se tient prêts. »

    Vue de l'extérieur, Keflavik semble isolée, perdue dans des plaines balayées par les vents. Pourtant, la base occupe une position clé sur le couloir « GIUK » – une ligne imaginaire qui relie le Groenland, l'Islande et le Royaume-Uni. Contrôler ce couloir, c'est contrôler le passage entre l'Arctique et l'Atlantique Nord.

    Au cœur des rivalités dans l'Arctique

    « L'Islande n'a pas de forces armées, mais elle dispose d'une base parfaitement opérationnelle au cœur de la région arctique, résume le lieutenant-colonel Johan Legardt, commandant du détachement suédois. C'est la base la plus centrale de toute la région arctique, accessible à tous les alliés. »

    L'intérêt stratégique de l'Arctique s'est encore renforcé ces derniers mois. Les vues de Donald Trump sur le Groenland en début d'année ont replacé la région au centre des rivalités géopolitiques. Ressources minières, nouvelles routes maritimes rendues accessibles par la fonte des glaces, compétition militaire : les grandes puissances s'y repositionnent progressivement.

    « Notre présence est essentielle , insiste Johan Legardt. L'idée, c'est de montrer que si des bombardiers russes traversent cette zone, ils ne seront pas laissés sans surveillance. Notre présence sert à rappeler que l'Otan est là. »

    « Les Russes se déploient périodiquement dans la région, confirme Erlingur Erlingsson, chercheur à l'Institut des affaires internationales de l'université d'Islande. On a, en effet, pu observer des bombardiers, et il est certain que des sous-marins russes circulent dans la zone. Mais la présence alliée relève autant de la surveillance que de la dissuasion. »

    L'Islande, verrou de l'Atlantique nord

    Sans armée nationale, l'Islande reste entièrement dépendante de ses alliés pour sa sécurité. Jonas Allanson, chef d'état-major islandais, rappelle pourquoi l'île demeure indispensable au dispositif occidental : « La position clé de l'Islande, pour la sécurité de l'Amérique du Nord et de l'Europe, tient à une chose : ici, on peut surveiller tout le trafic maritime. »

    « ​​​​​​​On a déjà vu des accidents, ou en mer Baltique, des actes de sabotage sur des câbles sous-marins, indispensables pour nos communications, poursuit le responsable islandais. C'est pourquoi les Alliés travaillent ensemble : il faut surveiller ce fameux couloir stratégique et assurer la sécurité de l'Amérique du Nord et de l'Europe. »

    C'est pour renforcer ce dispositif que l'Otan a lancé en février la mission Arctic Sentry. Objectif : augmenter la fréquence des rotations aériennes alliées à Keflavik et maintenir une présence plus continue sur cette base devenue, à nouveau, l'un des principaux verrous stratégiques de l'Atlantique nord.

  • Chaque année, le 30 avril et le 1er mai, la maison mère de la Légion étrangère à Aubagne ouvre ses portes pour la cérémonie officielle de la bataille de Camerone. La Légion étrangère, qui représente 10% des effectifs de l'armée de terre française, est un corps d'élite réunissant en son sein 144 nationalités. Une troupe singulière, « taillée pour les combats de haute intensité », assure le général Cyrille Youchtchenko, commandant de la légion étrangère.

    RFI : À l'heure de l'hyperdronisation des conflits, à quoi sert encore un légionnaire ?

    Cyrille Youchtchenko : Un légionnaire, c'est un combattant avant tout, et il est utile dans tous les conflits. Puisqu'après avoir modélisé le terrain par l'arme aérienne ou par les drones, à un moment donné, il faut aller au choc, aller au combat. Et la Légion étrangère s'entraîne, comme l'ensemble de l'armée de terre, aux chocs les plus durs, aux combats les plus exigeants. La Légion étrangère a toujours cette utilité, car elle représente 10% de l'armée de terre aujourd'hui.

    D'ailleurs, vous avez pensé à la doctrine d'ouverture de théâtre ? C'était à l'époque de Serval, en 2013...

    Oui, j'ai travaillé, à un moment donné lors de mes passages en état-major, à la doctrine. Et effectivement, j'ai rédigé une version de l'engagement d'un groupement tactique interarmes en milieu semi-désertique, et cette réflexion sur l'engagement tactique au contact fait partie du travail d'un officier d'état-major.

    La Légion étrangère est une arme de combat largement déployée, puisqu'elle est par exemple présente en Estonie, et même au large du Liban...

    La Légion étrangère est effectivement une troupe combattante. En tout cas, c'est marqué dans la loi de 1831. Et la Légion étrangère répond aux impératifs que lui fixe l'armée de terre sur le déploiement opérationnel. Donc actuellement, il y a 1 050 légionnaires déployés sur 17 territoires différents, dont ceux que vous avez cités par exemple. Mais vous comprendrez que je sois relativement succinct sur le sujet.

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    Le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon, a évoqué un choc possible face à la Russie d'ici la fin de la décennie. Quelles sont vos marges de manœuvre pour grossir très vite en cas de crise ?

    La Légion a la chance d'avoir bon an mal an 6 000 volontaires qui viennent se présenter à ses portes, 6 000 volontaires qui veulent servir en son sein. Et en fonction des impératifs de recrutement que me fixe l'armée de terre, je peux recruter jusqu'à 6 000 candidats. Mais actuellement, avec 10% de l'armée de terre, c'est-à-dire 9 600 légionnaires, aujourd'hui, j'estime que la Légion, en temps de paix, est à un volume tout à fait acceptable pour la France.

    Si la Légion doit grossir, ce serait pour des régiments d'infanterie ou des régiments d'appui ? Qu'est-ce qui vous manque le plus ?

    Si vous me laissez le temps de construire un régiment, je pourrais aller jusqu'à un régiment d'appui. Si vous me demandez de faire ça dans des très brefs délais, le plus simple pour la Légion étrangère, ce serait de créer un régiment d'infanterie. Nous avons actuellement plusieurs régiments d'infanterie, un régiment de cavalerie et deux régiments de génie au sein de la Légion étrangère. Créer des capacités supplémentaires nécessiterait des délais de formation que la Légion n'a pas en propre actuellement. Et donc, ça nécessiterait un peu plus de temps.

    Qui vient chez vous chaque année ?

    Sur les 6 000 volontaires qui se présentent, j'en recrute 1 100 chaque année. Et actuellement, j'ai 144 nationalités différentes. Et je pense qu'il n'y a pas un seul grand groupe linguistique qui ne soit pas représenté au sein de la Légion étrangère. Ce sont avant tout des volontaires.

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    C'est un défi, le recrutement ?

    Le recrutement est toujours un défi. Recruter en quantité, ça, c'est le premier défi. Le deuxième défi, c'est la qualité. Donc le taux de sélection est pour l'instant d'un sur cinq, ce qui est relativement bon, j'estime, pour la Légion étrangère. Et enfin, le troisième défi, c'est la diversité. Il ne faut pas que j'aie un groupe linguistique trop dominant. La Légion, c'est l'amalgame de toutes les nationalités, des 144 nationalités dont je vous ai parlé, avec une certaine proportion de Français, parce que le ciment de la cohésion de toutes ces nationalités, c'est le français. Et donc, j'ai un volume actuellement de 12% de Français, 27% de francophones, ce qui est relativement bon. Mais ça aussi, c'est un défi au quotidien.

    Ce vendredi 30 avril, vous allez célébrer la bataille de Camerone, qui fonde la Légion étrangère. La main en bois du capitaine Danjou, sa prothèse, sera portée par un ancien chef d'état-major, le général Burkhard. Ce n'est pas si courant ?

    La main du capitaine Danjou, qui remonte la voie sacrée le jour de Camerone, à Aubagne, symbolise le serment que le légionnaire fait de servir la France avec honneur et fidélité, de servir ses chefs et ses officiers qui incarnent la France – puisque nous, les officiers, nous sommes Français. Et j'ai demandé au général Burkhard de porter la main du capitaine Danjou cette année, parce qu'il sera accompagné aussi de deux sous-officiers emblématiques de la Légion étrangère, qu'on appelle les « maréchaux de Légion étrangère », parce qu'ils sont décorés de la Légion d'honneur. À eux trois, ils représentent toutes les opérations depuis la fin de la guerre d'Algérie jusqu'à nos jours. J'aime beaucoup ce symbole qui permet aux jeunes légionnaires de se reconnaitre en celui qui a commandé les opérations auxquelles il a participé. Le général Burkhard, par ses différentes fonctions, que ce soit comme lieutenant au 2e REP, ensuite à la 13e demi-brigade de Légion étrangère, puis ses fonctions au sein du ministère des Armées, a été notre chef. Il nous a emmenés au combat. Le voir remonter la voie sacrée va symboliser toutes ces opérations que l'on a menées. Avec une pensée pour nos camarades qui nous ont quittés, morts pour la France.

  • L’essor de l’intelligence artificielle transforme en profondeur les armées. Des algorithmes embarqués permettent de détecter, classifier, identifier automatiquement des objets d’intérêts militaires en un temps record. Ces systèmes prêts à l’emploi bousculent le tempo des opérations.

    La vitesse, facteur clé de la victoire. Et pour atteindre cette célérité, l'intelligence artificielle est devenue incontournable, insiste le colonel Frédéric, en charge du système d'information de l'armée de l'Air et de l'Espace : « On travaille selon une boucle opérationnelle. Parfois, on l'appelle la boucle OODA. Observation, Orientation, Décision, Action. Globalement, c'est une boucle dans laquelle on traite du renseignement pour savoir quelle est la menace au regard des moyens dont on dispose, on va planifier la meilleure des missions possibles. Et les outils d'IA vont permettre à l'opérateur humain de faciliter toute la réalisation de ce cycle-là ».

    Safran IA, ex-Preligens, développe des algorithmes prêts à l'emploi sur tout type de capteurs, souligne son directeur, Sébastien Fabre. Que ce soit à partir d'images satellites, de boules optroniques ou de capteurs électromagnétiques : « L'IA est capable de détecter des objets qu'on appelle des observables, de savoir quel type d'objets il s'agit, est-ce que c'est un véhicule blindé, est-ce que c'est un pick-up, etc. Même de les identifier et dire de quel type de véhicule blindé ou de quel type d'avion il s'agit. Quand vous avez quelqu'un qui utilise une jumelle, par exemple, pour observer un terrain d'opération, l'humain peut être distrait par quelque chose qui se passe et louper l'arrivée d'un drone, par exemple. Et grâce à notre IA, on va être capable d'afficher ou de mettre un petit cadre autour de quelque chose que l'humain ne verrait pas forcément ou serait distrait par un autre objet ».

    Un démultiplicateur de force

    L'IA est donc un démultiplicateur de force. Prenons le cas d'un pilote, la boule optronique, qui équipe son chasseur, à l'instar d'une jumelle, lui permet de voir loin. Mais identifier ce qui est perçu, c'est une autre affaire. « Parfois, le pilote voit vaguement quelque chose dans le ciel. Pour nous, l'objectif c'est d'aller plus vite sur la détection de cet objet. Et là, il y a des algorithmes d'IA qui voient mieux que l'œil humain et qui peuvent, au-delà de la détection d'un objet, les reconnaître également. Dire que c'est un avion et vérifier de quel type d'avion il s'agit. Donc c'est bien toute cette complémentarité entre la capacité de l'homme à analyser certaines données et puis là où l'homme, finalement, n'a pas les capacités physiques ou atteint ses limites physiques, c'est là qu'il faut chercher le positionnement de l'IA », explique le colonel Frédéric.

    Dans certains cas, seule l'IA pourra répondre à l'IA

    Mais si l'IA se niche derrière tous les capteurs, il faut désormais bâtir une nouvelle architecture, souligne Sébastien Fabre de Safran IA : « Si je prends simplement l'exemple de plusieurs drones déployés sur un théâtre d'opérations, vous ne pouvez pas regarder un écran pour chacun des drones et essayer de comprendre ce qui se passe. Donc, un de nos enjeux, c'est la fusion de ces informations. Tous les systèmes sont un petit peu comme des pièces d'un puzzle qui ne sont pas encore reconstituées. Et je pense que ce qu'on va voir arriver dans les années qui viennent, c'est la coordination de tous ces systèmes avec l'IA agentique qui va organiser les différentes IA qui sont spécialisés dans leur domaine pour amener de la cohérence, de la synchronisation et de l'efficacité dans tout ça ».

    La course à la vitesse va aussi obliger à l'automatisation de certains systèmes d'armes, en particulier pour la lutte anti-drone où seule l'IA pourra répondre à l'IA.

  • La trêve décrétée mercredi par les États-Unis montre les limites de l’intervention américaine déclenchée le 28 février pour renverser le régime iranien. Selon les experts, l’opération militaire de Washington pourrait avoir des conséquences à long terme.

    Tout au long du mois de mars, les buts de guerre étatsuniens n'ont cessé de changer. Le démantèlement du programme nucléaire et la chute du régime iranien sont progressivement passés à la trappe. Début avril, le président Trump indique qu'il n'a même plus besoin d'un « deal ». Mais il exige la réouverture du détroit d'Ormuz. Pour finalement juger que le plan en dix points de Téhéran est une bonne base de négociation.

    Une gestion erratique qui sonne comme une victoire pour Téhéran, dont la résistance a été largement sous-estimée par le commandement étatsunien, pointe le géographe spécialiste de l'Iran, Bernard Hourcade : « On voyait l'Iran en termes islamiques, c'était l'Iran des mollahs, cet immense leurre. L'islam, c'est très important en Iran, bien évidemment. Mais aujourd'hui, on voit l'Iran qu'en termes islamiques. l'Iran est une nation. C'est une population ancienne. Une population puissante et forte qui est dans ses frontières actuelles depuis le XVIᵉ siècle. Et cet attachement à la patrie iranienne est extrêmement fort. On a négligé la résistance. Les Iraniens ont toujours résisté et c'est un élément très important quel que soit son régime, islamique ou non. »

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    Une erreur américaine dans la planification

    Initialement, la campagne devait être courte, puis la guerre s'est enlisée, souligne Bernard Hourcade, L’US Centcom, qui gère les opérations militaires au Moyen-Orient, a mal anticipé le concept de défense avancée iranien, c'est-à-dire sa capacité de porter le fer avec ses missiles et ses drones dans toute la région, « Ils ne défendent pas la frontière. Il n'y a pas eu de combat sur la frontière. Les troupes américaines ne sont pas rentrées en Iran. Par contre, l'Iran a mis en place le système qu'on avait vu avec celui des proxys, c'est-à-dire d'alliés de l'Iran, transformé en utilisant les pays voisins. En attaquant les pays voisins, en leur disant, vous êtes mes voisins, vous abritez les Américains et donc j'attaque les bases américaines chez vous. Et si vous voulez que ça s'arrête, dites à vos amis américains de quitter le territoire. »

    Les bases américaines dans le Golfe sont désormais synonymes de danger

    Dans le Golfe, la guerre a donc rebattu les cartes. Avant le 28 février, accueillir une base américaine était un gage de sécurité. C'est désormais un danger. « Ça fait prendre conscience aux pays de la région que leur sécurité ne dépend pas des Américains, mais dépend d'une coopération régionale, poursuit Bernard Hourcade. Cette guerre est importante, car elle impose de repenser la sécurité régionale du Golfe Persique. Ce que les Iraniens souhaitent. Les pays voisins aussi le souhaitent. Ce ne sont plus les grandes puissances, les États-Unis sont un danger, la Russie est hors-jeu et l'Europe n'existe plus. Donc, il faut trouver d'autres solutions de sécurité régionale, puisque l'Amérique s'est suicidée en quelque sorte dans cette guerre, et c'est ça qui est important. »

    Une nouvelle architecture de sécurité, possiblement sans les États-Unis. Washington a peut-être perdu une part importante de son influence dans cette aventure iranienne.

  • Le président américain a dit cette semaine réfléchir « absolument » à retirer les États-Unis de l'Otan, une menace brandie après s'être plaint du ⁠manque d'aide apportée par des alliés pour débloquer ​le détroit d'Ormuz. L’Alliance atlantique est-elle en voie de désintégration ?

    L’essence même de l’Otan est d’incarner la solidarité entre alliés. Avec Donald Trump, cet esprit est une fois de plus violemment remis en cause. Pour autant cela a-t-il un impact sur les structures mêmes de l’Alliance dont le commandement suprême est assuré par le général américain Alexus Grynkewich. Pas réellement, assure Élie Tenenbaum directeur de recherche à l’Ifri : « Au quotidien, si vous échangez avec les gens qui font partie de la structure Otanienne, il n'y a rien qui a changé par rapport à il y a deux mois, ni même par rapport à il y a deux ans. En fait, c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de mesures américaines spécifiques, si ce n'est une réduction légère des contributions américaines au siège et dans quelques organes du commandement intégré. Mais on est extrêmement loin des messages qui peuvent être passés au plus haut niveau politique ».

    Vive inquiétude en Europe

    L’inquiétude des Européens est néanmoins bien réelle, que deviennent les plans de défense de l’Otan sans les Américains ? « Vous avez des plans de défense qui ont été entièrement revu après l'adoption d'un nouveau concept stratégique en 2022 » Élie Tenenbaum, « ces plans s'articulent autour de trois plans régionaux et de sept plans stratégiques dits subordonnés qui sont structurés face à une menace désormais désignée qui est la Russie, qui sont censés être mutualisables et qui sont censés être exécutables. Pour autant, on sait quand même que leur exécution de la meilleure manière possible, est encore très dure à mettre en œuvre. D'abord parce que les cibles capacitaires n'ont pas été atteintes, et ensuite on a évidemment la question d'une contribution importante des États-Unis au plan de défense, historiquement de l'ordre de 50 % des capacités. Aujourd'hui, on est dans les 42 % et avec un objectif affiché pour les Américains de continuer à réduire leur part, au nom évidemment, de ce qu'ils appellent le partage du fardeau ».

    Les États-Unis peuvent-ils rapidement quitter l’Alliance atlantique comme le laisse entendre l’administration Trump ?

    L’Otan un tigre de papier assure Donald Trump

    Et la question sous-jacente est, s’ils quittent l’Otan, quitteront-ils l’Europe alors que plus de 60 000 soldats y sont encore stationnés ? Une telle décision ne sera pas si simple à prendre tempère Élie Tenenebaum : « La perspective d'un retrait américain en bonne et due forme, sous l'angle d'une dénonciation du traité, d'abord légalement, est loin d'être évidente, puisqu’une loi a été signée en 2023, qui empêchait le président des États-Unis de décider seul, sans accord, d'une majorité qualifiée des deux tiers du Congrès pour procéder à un tel retrait. Ensuite, parce que, finalement, on voit bien un intérêt des États-Unis à rester dans la structure, quitte à la vider de son sens en remettant en cause l'article cinq par des déclarations publiques, mais pour autant continuer à être à l'intérieur. Le retrait en bonne et due forme ne semble pas aujourd'hui à l'ordre du jour ».

    L’Otan un tigre de papier, la formule qu’affectionne le président Trump, risque néanmoins de sérieusement entamer la crédibilité de l’Alliance atlantique et sa capacité à dissuader ses adversaires.

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  • Le spectre d'un minage par l'Iran des eaux du Golfe et du détroit d'Ormuz, met sous pression la communauté internationale. Le régime de Téhéran peut-il rapidement mettre ses menaces à exécution ?

    Le détroit d'Ormuz, s'étire sur un peu plus de 200 kilomètres pour une largeur qui n’excède pas 50 kilomètres à certains endroits, les Iraniens n'auront donc aucune difficulté pour y disposer massivement des mines ! Et ce d’autant qu’on estime à 5 000 ou 6 000 le stock potentiel iranien de mines navales, rappelle le contre-amiral Éric Lavault ex plongeur démineur au sein de la Marine nationale, « Ils ont un panel assez complet de capacités de mines. Les mines de fond qui reposent sur le fond et qui fonctionnent à l'influence, donc avec une intelligence embarquée, soit avec un stimuli magnétique, soit sonore par le bruit que rayonnent les navires de surface. Le deuxième, c'est ce qu'on appelle les mines à Orin, c'est-à-dire que les mines qui sont reliées au fond par une chaîne et qui flottent entre deux eaux. Il y a une dernière menace, qui est plus une menace asymétrique, mais pour laquelle les Iraniens ont un savoir-faire, une expertise particulièrement pointue, c'est la faculté de pouvoir coller sur les coques ce qu'on appelle des Limpet mines, c'est-à-dire des mines ventouses, des mines qui collent en les mettant en place avec des embarcations rapides, discrètement dans le sillage des bateaux ».

    Une telle stratégie de verrouillage du détroit d’Ormuz a déjà été utilisée par l’Iran dans son conflit avec l’Irak en 1980, et Téhéran indique Éric Lavault dispose de toute une variété de navires capables de mouiller des mines, « Jusqu'à il y a quinze jours, de source compétente, il n'y avait pas de minage. Il se peut effectivement que depuis des mines de fond aient été posées. Ces mines à influences peuvent être mouillées depuis n'importe quel porteur. Durant la guerre Iran-Irak, ils avaient transformé des chalutiers en mouilleurs de mines. Les fonds du détroit d'Ormuz s'y prêtent parfaitement puisqu'il y a entre cinquante et une petite centaine de mètres de profondeur. C'est une menace crédible ».

    Quels moyens pour déminer le détroit d’Ormuz ?

    Pour nettoyer le détroit d’Ormuz, il y a peu de moyens disponibles. Les États-Unis ont retiré du service il y a quelques semaines leurs quatre chasseurs de mines Avenger basés à Bahreïn, reste les marines françaises, belges et néerlandaises qui excellent dans la guerre des mines, mais ce sera nécessairement une opération longue et complexe, un travail méthodique souligne le contre-amiral Lavault, « Le chasseur de mines est un bateau dont la coque est amagnétique et dont la signature acoustique est très faible. Ce navire va pénétrer dans le champ de mines et il mettra en œuvre ses robots téléopérés ou ses plongeurs-démineurs pour effectuer les opérations de déminage. Les opérations de déminage vont d'abord consister à pouvoir dégager des corridors d'accès, des autoroutes en fait, pour permettre au trafic maritime de reprendre. Ça peut être assez rapide. Après, qu'il reste des mines en dehors de ces autoroutes maritimes, ce sera traité dans un deuxième temps. En attendant il ne faudra pas trop s'éloigner du rail ».

    Après la guerre du Golfe en 1991, il avait fallu deux ans d’opérations intensives pour déclarer la zone libre de mines. Les nouveaux moyens reposant sur des drones ne sont pas encore opérationnels et si la France a fait savoir qu’elle était prête à prendre la tête d’une coalition navale pour sécuriser le détroit d’Ormuz, c’est à la condition qu’il n’y ait plus de combats. Raison pour laquelle l’hypothèse d’un minage du détroit est un véritable cauchemar pour le trafic maritime.

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  • Six pays, dont la France, se disent prêts à contribuer à sécuriser le détroit d'Ormuz. Et si ce passage stratégique venait à être miné par l'Iran, des entreprises innovantes affirment pouvoir nettoyer cet espace maritime avec des drones sous-marins. C'est le cas d'Exail, une pépite française qui s'est imposée dans cette activité.

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  • Entre les missions de protection des espaces maritimes français, la surveillance des activités russes dans l’Atlantique Nord et désormais un important déploiement au Proche et au Moyen-Orient, la quasi-totalité de la flotte française est à la mer. Une prouesse qui ne pourra que difficilement s’inscrire dans la durée.

    Il aura fallu au Charles de Gaulle moins de 8 jours pour basculer de la mer Baltique à la Méditerranée. Même son escorte, contrainte de refluer à Brest, a eu du mal à suivre le porte-avion à propulsion nucléaire. La flotte française se masse en Méditerranée orientale, il faut remonter à la guerre d’Afghanistan il y a 25 ans pour trouver la trace d’un déploiement naval aussi massif. « C'est historique effectivement, d'avoir une telle proportion de la flotte de combat française qui est à la mer, dont 80 % effectivement. Ça fait 19 sur 23 bateaux, les 23 principaux bateaux. Donc on va compter le porte-avions, les porte-hélicoptères, les frégates et les grands bâtiments de ravitaillement. C'est du jamais vu. Et sur ces 80 %, il y en a quasiment 60 %, c'est du jamais vu non plus, qui sont déployés entre la Méditerranée orientale et la région du Golfe », confirme Vincent Groizeleau du magazine de référence Mer et Marine.

    Sécuriser le Proche et le Moyen-Orient

    Une armada française pour répondre à l’urgence de la situation au Proche et au Moyen-Orient, c’est un ordre du président Macron délivré dans un discours tenu depuis Chypre ce lundi 8 mars et les missions sont nombreuses. « rIl s'agit de protéger les ressortissants, protéger les bases militaires, protéger les pays avec lesquels on a des accords de défense, c'est-à les pays du Golfe, mais également Chypre avec lequel un accord a été signé assez récemment. Les protéger des attaques iraniennes, des attaques du Hezbollah et en même temps, se préparer à une éventuelle opération humanitaire et d'assistance éventuellement aux forces armées libanaise. Donc ça nécessite aussi des moyens, détaille Vincent Groizeleau. Et puis sécuriser le trafic maritime en mer Rouge et au nord de l'océan Indien, en attendant que l'évolution des combats dans la région du Golfe précisément, diminue suffisamment pour pouvoir entreprendre une réouverture du détroit d'Ormuz, qui n'est pas encore à l'ordre du jour. »

    On touche aux limites structurelles de la Marine

    Mais combien de temps la Marine nationale pourra-t-elle conserver autant de navires à la mer ? L’équipage d’une partie des frégates a déjà été doublé pour augmenter le nombre de jours à la mer mais avec un tel déploiement, indique Vincent Groizeleau, la Marine atteint ses limites et n’a plus de réserves pour assurer d’autres missions : « On a réussi à créer un modèle extrêmement optimisé. Personne en Europe, pas même les États-Unis, n'est capable de mettre 80 % de sa flotte en même temps dehors. Cet exploit repose sur une excellente maintenance et des doubles équipages pour augmenter sur un certain nombre de bateaux le nombre de jours à la mer. Mais la contrepartie, bien évidemment, c'est que comme ces bateaux sont beaucoup plus utilisés, ils s'usent. Ce sont des bateaux qui feront sans doute 20 à 25 ans et pas plus et il faudra les renouveler. La technique, elle peut suivre, on peut la réparer, la maintenir. Mais il y a un moment, l'humain aussi, a ses limites. Donc ça peut durer quelques mois parce que les marins sont habitués à faire des longs déploiements. Mais cela repose, très clairement, la question du format de la flotte. A-t-on suffisamment, notamment de frégates ? La réponse est clairement non. Donc effectivement, si on veut tenir des choses comme ça dans la durée, il faudra plus de bateaux », conclut le spécialiste.

    « Il est temps de passer dès que possible à 18 frégates de 1er rang peut-être même 21 », écrivait cette semaine le député Jean-Louis Thiériot, membre de la Commission défense de l’Assemblée nationale.

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  • Jeudi 25 septembre, l’armée de terre française a présenté ses objectifs pour les mois et années à venir. À la lumière des combats en Ukraine, elle se prépare à un champ de bataille plus contesté, plus étendu et plus transparent, où robots et drones seront omniprésents.

    Rediffusion du 28 septembre 2025.

    Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre s’appuie sur les chiffres : chaque jour, sur le front ukrainien, 1 500 soldats russes sont mis hors de combat, dit-il. Une attrition vertigineuse qui ne serait pas supportable pour l’armée française. Sur le champ de bataille, les machines seront donc bientôt dédiées à subir les chocs les plus rudes, analyse le général Bruno Baratz en charge du commandement du combat futur.

    « Le champ de bataille de demain ressemble curieusement à celui d'aujourd'hui, mais avec plus de robotisation et de "dronisation". L'augmentation de la transparence du champ de bataille, rendue possible par la multiplication des capteurs spatiaux, acoustiques, terrestres et avec l'exploitation de ces données par l'intelligence artificielle, crée une forme de transparence du champ de bataille, explique-t-il. On voit bien que c'est un univers qui est devenu très hostile pour la présence des soldats et des êtres humains, et qu'on arrive à compenser cela aujourd'hui par plus de robots, ce qui amènera un peu de masse et surtout protègera beaucoup plus nos hommes ».

    Deux capacités ont été rapidement développées pour durcir les forces : le canon antidrones Proteus et le Mepac, un mortier embarqué et non plus tracté, qui démultiplie la puissance de feu des unités d’infanterie, précise le général Schill : « S'agissant des Mepac, c'est-à-dire ce mortier de 120 mm embarqué à bord d'un Griffon [véhicule blindé médian - NDLR], nous en avons commandé 54. Les premiers arrivent. Ils ont été déployés au sein du troisième régiment d'artillerie de marine à Canjuers. Mon objectif est que tout début 2026, je sois en mesure de déployer en opération une première unité avec ces mortiers. S'agissant du Proteus, c'est-à-dire ce canon de 20 mm auquel nous avons adjoint une couche d'intelligence artificielle de façon à pouvoir lutter contre les drones, les premiers sont déjà déployés dans l'armée de terre, au sein notamment du 35ème régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes. On va monter l'an prochain à un volume d’une cinquantaine de canons. Ils peuvent être déployés en opération dès aujourd'hui, si c'était nécessaire ».

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    « Il faudrait 77 000 opérateurs de drones »

    La robotique terrestre fait son apparition : Pandragon, une première unité, composée de 20 robots d’abord utilisés pour les taches logistiques, sera opérationnelle à l’été 2026. Un escadron de drones va également voir le jour. La doctrine d’emploi s’écrit maintenant, les drones d’attaque vont venir compléter la traditionnelle artillerie et donner de l’allonge aux troupes au sol, insiste Bruno Baratz : « L'objectif pour nous, c'est d'éviter que l'ennemi se concentre sur la zone de front et donc d'être en mesure de le frapper le plus loin possible et d'éviter justement les concentrations de force à proximité de nos brigades, de façon à leur faciliter la manœuvre. La tendance générale, c'est bien le développement de ces feux dans la profondeur, même pour une unité d'infanterie qui ira tirer au-delà des vues directes. On voit arriver les munitions téléopérées, ces drones qui sont capables d'amener des charges à différentes distances et qui vont venir compléter finalement le travail de l'artillerie. »

    Il faut désormais des soldats, à la fois plus durcis et plus innovants, martèle le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill : « Nous devons recruter une partie de nos soldats ou de nos cadres dans ces nouvelles techniques, de manière à avoir des soldats pour le brouillage, pour l'emploi des drones, pour l'emploi des communications. La montée en technique de l'armée de terre est une réalité. J'ai 77 000 soldats dans la force opérationnelle terrestre, donc il me faudrait 77 000 opérateurs de drones, chacun dans son domaine. »

    L’armée de terre vit une révolution, avec l’usage illimité des drones et de la robotique, elle est en passe de devenir une armée de combattants techniciens.

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  • La guerre en Ukraine a basculé cette semaine dans sa cinquième année. En 2025, l’armée russe ambitionnait de reprendre, a minima, les territoires du Donbass, mais la transparence du champ de bataille n’a pas permis à Moscou d’atteindre ses objectifs.

    L'omniprésence des drones a transformé les 1 200 kilomètres de front en un no man's land où il n'y a plus vraiment d'action. Tout ce qui s'y déploie est vu et tout ce qui est vu est détruit de jour comme de nuit. Il n'y a que lorsque les conditions météo se dégradent - pluie, neige, brouillard - qu'il est alors possible d'échapper à la menace drone, indique Vincent Tourret, chercheur à l'université de Montréal.

    « C'est un front qui se structure autour d'un no man's land de 0 à 20 kilomètres, où les gens sont enterrés, sont disséminés, essaient de survivre à la saturation en puissance de feu, notamment apportée par les drones, analyse-t-il. Et puis on commence à voir des tentatives plus élaborées de part et d'autre, d'essayer de dépasser cette zone morte par des frappes d'interdiction. Donc celles russes, on les connaît bien, ce sont des campagnes de frappes stratégiques sur les villes ukrainiennes, mais c'est de plus en plus quand même des drones qui vont s'abattre de 30 à 70 kilomètres pour aller interdire la logistique, détruire les centres de commandement, les radars, etc ».

    Moins de 1 % du territoire ukrainien conquis en 2025

    En 2025, malgré les assauts répétés, le gain territorial de Moscou n'excède pas 1 % du territoire ukrainien. La poussée russe patine et les pertes sont massives, jusqu'à 40 000 morts et blessés par mois pour la seule armée de Moscou.

    « L'avantage russe ne s’est pas vraiment concrétisé cette année, résume Vincent Tourret. On est sur une stratégie russe toujours de poussée maximale, avec la génération de plein de groupes d'infiltrations qui essayent tous les jours d'avancer de quelques mètres dans ce no man's land en essuyant beaucoup de pertes face à une défense ukrainienne qui s'est quand même largement robotisée et qui inflige des pertes à la Russie qui sont très importantes. Donc à partir de là, en fait, il y a un avantage russe. Cependant celui-ci n'arrive pas à se traduire au niveau de la ligne de contact par un ascendant vraiment offensif. »

    Moscou privé de Starlink

    Début février, le réseau d'internet par satellite Starlink a coupé ses transmissions en Russie et cela met son armée en mauvaise posture. Un signal satellite coupé fragilise toute la chaîne de commandement. Exemple avec les équipages de chars, souligne Vincent Tourret : « Un phénomène qui est assez intéressant au niveau des tankistes russes, c'est qu'avec le temps, le niveau d'entraînement et de formation a plutôt tendance à baisser et il a été compensé par la micro-gestion des équipages de chars par leur commandement supérieur. Le char est équipé en vidéo, en caméra. Ce flux vidéo est directement retransmis à l'échelon au-dessus. Et en fait, le tankiste était dirigé par son officier supérieur. Donc il y a des équipages de chars qui se retrouvent un peu plus perdus, qui ne savent pas trop où tirer, qui ne savent plus trop comment manœuvrer. Là, avec la perte de Starlink, c'est un lien essentiel du commandement d'un équipage de chars qui disparaît. »

    En 2026, l'équilibre des feux est cependant toujours à l'avantage de la Russie, mais l'artillerie responsable d'un quart des pertes totales est désormais enterrée. Les bouches à feu ne permettent plus aux troupes de progresser, et le front ukrainien pourrait rester longtemps ainsi figé.

  • Le samedi 14 février, deux porte-hélicoptères de la Marine nationale ont réalisé un débarquement amphibie de grande ampleur dans la baie de Quiberon. Après une dizaine de jours de mer, 500 militaires ont foulé le sable des plages bretonnes. L’exercice militaire « Orion 26 » a basculé dans sa phase terrestre. Premier retour d'expérience dans le port de Saint-Nazaire.

    De notre envoyé spécial à Saint-Nazaire,

    Coup de tonnerre sur les docks de Saint-Nazaire. Après avoir débarqué sur les plages voisines, les troupes de marine se sont emparées du port et de son aéroport. Une solide tête de pont qui permet au porte-hélicoptères amphibie Tonnerre d'y relâcher à bord.

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    Premier retour d'expérience à chaud avec le commandant Olivier : « On est parti de Toulon il y a environ une dizaine de jours, mais on est parti en force éclatée et on a réussi à regrouper cette force en un temps très rapide et la rendre, ce qu'on appelle "full opérationnel capable" en un temps assez record. Et ce qui est remarquable sur cet exercice, c'est qu'on a réussi à débarquer sans driller la manœuvre. D'emblée, on a réussi à débarquer et à relancer la manœuvre au sol sans avoir à répéter cette manœuvre ».

    Réussir ce jour le plus long

    Pour réussir ce jour le plus long, il a fallu ruser et faire avec les éléments, sourit François-Régis Jaminet, patron de la brigade d'infanterie de marine, dont les marsouins ont débarqué sur les plages bretonnes : « Nous sommes passés entre les tempêtes Nils et Pedro, qui, on le sait, ont touché nos concitoyens, mais qui ont aussi impacté la manœuvre et nous ont contraints à replanifier un certain nombre d'options que nous avions étudiées à froid. Le plan a été changé à plusieurs reprises pour tenir compte à la fois des conditions d'exercice pour intervenir sur l'ennemi au bon moment, tout en tenant compte des conditions météo, de l'état de la mer, de l'accès aux plages, des marées ».

    En 10 heures, 500 hommes et 200 véhicules de combat sont ainsi passés de la mer à la terre. Une opération amphibie, c'est une prise de risque majeure, dit le commandant Olivier. Tout repose sur de solides renseignements et les drones ont fait la différence. « Ce qu'on a constaté, c'est qu'on a un croisement des renseignements qui soit de niveau tactique par nos drones. Les drones que nous-mêmes mettons en œuvre au niveau tactique, qui viennent confirmer un renseignement spatial qui est coordonné par le niveau stratégique, qui nous permettent de confirmer et de croiser les informations et donc de favoriser un Go en termes de drones. On voit une expansion assez importante du volume de drones mis en œuvre à la fois par les forces terrestres, mais aussi en mer, avec des drones qui agissent sous la mer et qui nous permettent d'avoir une image la plus complète de l'espace de bataille et qui facilite la prise de décision de la part du commandant ».

    Les armées européennes savent débarquer

    « Le défi de ce type d'exercice, c'est de faire converger l'ensemble des effets que les armées françaises peuvent produire les effets aériens, les effets maritimes, les effets cyber, les effets dans le domaine de l'influence, analyse le général Jaminet. L'amphibie est une opération complexe nativement interarmées, et donc l'exercice Orion nous permet à la fois de le pratiquer et d'en tirer du retour d'expérience, mais également de montrer que nous sommes capables de le faire. La France a un avantage comparatif en Europe en matière d'amphibie. Néanmoins, elle n'est pas seule ».

    Sept nations et plusieurs navires italiens ont participé à la manœuvre. Véritable signalement, les armées européennes ont prouvé qu'elles savaient débarquer.

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  • Après bientôt quatre ans de guerre, le conflit ukrainien a souligné le rôle prépondérant de l’artillerie roquette. Cette artillerie longue portée, longtemps négligée par les armées européennes, est de nouveau au centre du jeu, mais faute d’offre souveraine, l’achat ne peut se faire que sur étagère. Et l’heure du choix pour l’armée de Terre française approche.

    Intitulée « Lance-roquettes multiples, une dépendance européenne historique et durable ? », la note de l’Institut français des Relations internationales est arrivée il y a quelques jours sur le bureau du général Schill, patron de l’armée de Terre, et depuis elle fait beaucoup parler.

    Retour d’expérience ukrainien oblige, les militaires font le constat qu’un corps d’armée doit désormais traiter des objectifs situés à plusieurs centaines de kilomètres de la ligne de contact. Or, les lance-roquettes unitaires (LRU) de l’armée française sont à bout de souffle, il faut trouver une solution en urgence, nécessairement sur étagère, et trois systèmes sortent du lot : une offre américaine avec le Himars qui s’est illustré en Ukraine, une offre israélienne avec le PULS et une offre sud-coréenne avec le Chunmoo, le plus répandu en Europe, acquis à plus de 300 exemplaires par la Pologne, l’Estonie et bientôt la Norvège. Ce choix serait celui de l’interopérabilité.

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    Pourtant Paris pourrait se tourner vers une quatrième solution, un système indien pointe Léo Péria-Peigné, chercheur à l'Ifri et auteur de la note : « Un lance-roquettes indien qui s'appelle donc le Pinaka, qui n'a pour le moment été exporté qu' à l'Arménie, parce que l'Arménie avait besoin d'un système peu cher et rapide, mais qui est en fait très très inférieur aux autres. D'abord, la plupart des lance-roquettes de troisième génération qu'on vient d'évoquer peuvent tirer des roquettes ou des missiles qui vont à 300 voire 500 kilomètres et ont pour la plupart des solutions qui se développent pour tirer encore plus loin. Le Pinaka, de son côté, n'a qu'une requête qui va à 80 kilomètres, sachant que le Pinaka est réputé pour être moins précis que ses équivalents, pour avoir une interface qui est beaucoup plus datée. Autre problème encore, le Pinaka est un système qui est national indien. Il n'est donc pas aux normes OTAN, il n'est pas aux normes européennes et en conséquence, il n'est interopérable avec rien de ce qui existe en Europe ».

    Rafale contre Pinaka?

    Si ce matériel ne correspond pas aux exigences de la guerre de haute intensité, pourquoi est-il évoqué avec autant d’insistance ? Une question reste en suspend : les intérêts industriels de la France pourraient-ils conditionner les choix capacitaires de ses armées ? « Depuis quelques années, l'Inde veut devenir autosuffisante dans les domaines stratégiques et notamment dans le domaine de l'armement. Ce qui passe par l'accession au statut d'exportateur important sur le marché de l'armement mondial. Pour cela, l'Inde cherche donc à exporter par tous les moyens ses produits qui ont malgré tout des problèmes de qualité, des problèmes de fiabilité, des problèmes de performance par rapport à la concurrence, indique Léo Péria-Peigné. La France, de son côté, cherche à cultiver son partenariat avec l'Inde, qui est son excellent client pour son industrie de défense. Au vu de l'actualité, notamment très récemment, vous avez eu l'annonce que le Rafale avait été sélectionné pour l'achat de 114 appareils pour l'armée de l'air indienne. Il est possible, au vu notamment des échanges entre Narendra Modi et le président Macron, que les Indiens aimeraient que la France achète ses lance-roquettes pour valider le contrat Rafale. Mais ce n'est qu'une supposition », analyse le spécialiste.

    Rafale contre Pinaka, l’hypothèse sera peut-être résolue mardi prochain à l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron en Inde.

  • Le dernier traité de désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie a expiré jeudi 5 février, marquant un tournant majeur dans l'histoire du contrôle des armements depuis la guerre froide. La fin du traité New Start marque donc la fin d'une époque et ravive les craintes de prolifération nucléaire.

    New Start avait été signé entre Washington et Moscou en 2010 pour solder la guerre froide. Il limitait chaque partie à 800 missiles intercontinentaux et 1 550 ogives nucléaires.

    Mais ce n'est pas parce que ce mécanisme de vérification disparaît qu'il faut nécessairement s'attendre à une nouvelle course aux armements entre Russes et Américains, estime Héloïse Fayet, chercheuse et responsable du programme Dissuasion et prolifération à l'Institut français des relations internationales.

    « L'expiration de Newstart ne veut pas dire automatiquement augmentation des arsenaux nucléaires russes et américains, mais peut-être un peu plus de diversification des arsenaux plutôt que l'augmentation des arsenaux nucléaires, précise-t-elle. Et puis, d'une façon peut-être assez cynique, rappelons que le traité New Start imposait des limitations à 1 550 têtes nucléaires stratégiques déployées, c'est-à-dire des ogives en permanence montées sur des missiles. Ça suffit pour détruire plusieurs fois la Terre. Donc, en réalité, qu'il y ait 1 500 ou 1 700 têtes nucléaires stratégiques, ça ne change pas énormément les choses. »

    Pékin ne veut pas limiter son feu nucléaire

    L'expiration du traité marque la transition vers un ordre nucléaire moins encadré, et l'inquiétude vient aussi de l'arrivée d'un troisième acteur : la Chine. Pékin, dont l'arsenal nucléaire est en pleine expansion.

    Pour parvenir à un véritable contrôle des armements au XXIe siècle, dit la Maison Blanche, il est impossible d'agir sans inclure la Chine. Mais avec trois acteurs nucléaires majeurs sur l'échiquier, l'équation se complique.

    « La Chine est passée d'environ 250 têtes nucléaires en 2020 à plus de 600 aujourd'hui, souligne Héloïse Fayet. Si elle continue sur cette trajectoire, les États-Unis feraient face à deux compétiteurs nucléaires. C'est l'une des justifications derrière cette expiration de New Start sans solution de remplacement. Donald Trump l'a dit lui-même : si le traité doit expirer, eh bien, il expire et lui veut trouver un nouvel accord avec la Chine, éventuellement trilatéral, États-Unis-Russie, Russie-Chine. Ça semble assez improbable parce qu'aujourd'hui, la Chine n'est pas du tout intéressée par des accords de maîtrise des armements, et ça s'inscrit d'ailleurs dans une utilisation, disons désinhibée, de la menace nucléaire et plus largement de la force, comme on peut le voir en Ukraine ou en Iran. »

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    Peut-il y avoir un lien entre l’expiration du traité New Start et la prolifération nucléaire ?

    Les lignes pourraient rapidement bouger. Les pays non dotés de l’arme nucléaire vont s'interroger, et ce qu’il faut surveiller, pointe Héloise Fayet, c’est la conférence de réexamen du traité de non-prolifération qui aura lieu en avril prochain : « Là, il y a beaucoup d'enjeux parce que la conférence de réexamen en 2022 ne s'était pas très bien passée. Si jamais on se rend compte que le traité de non-prolifération nucléaire est affaibli, ça pourrait pousser la Corée du Sud, l'Arabie saoudite, la Turquie, pourquoi pas, à avancer vers un programme nucléaire militaire. Cela montre aussi que les États dotés d'armes nucléaires, au premier rang desquels la Russie, États-Unis et la Chine, ne respectent pas leurs engagements en termes de désarmement nucléaire. C'est inquiétant, en fait, au niveau du droit international et de la régulation. »

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    Quel cap pour la France ?

    La France, seule puissance nucléaire de l'Union européenne, plaide pour un système international de maîtrise des armements. Mais si les compétiteurs n’ont plus de limites, la France doit-elle rester dans une logique de stricte suffisance ou se donner les capacités techniques d’augmenter son arsenal constitué de 290 têtes nucléaires ? Le discours d’Emmanuel Macron sur la dissuasion prévu fin février pourra peut-être éclairer ces choix.