Avsnitt
-
La Banque européenne d’investissement soutient le lancement d’un réseau de ferries électriques sur la lagune de Lagos. Objectif : des trajets plus rapides, moins polluants et mieux intégrés aux autres transports.
De notre correspondante à Lagos
D’ici 2028, c’est en ferries électriques que les habitants de la mégalopole de Lagos pourront traverser la lagune grâce à 75 nouvelles embarcations prévues par le projet Omi Eko (« les eaux de Lagos » en yoruba). Cette démarche s’inscrit dans la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, pensée pour soutenir des transports verts sur le continent africain.
C'est une aubaine pour la mégalopole nigériane, selon Ambroise Fayolle, vice‑président de la Banque européenne d’investissement, en visite à Lagos : « Ce qu’on voit ici à Lagos, c'est qu'il y a un élément qui manque très fortement. C'est de moderniser toute la flotte de bateaux. On va créer de nouvelles routes dans la lagune, pour pouvoir emmener un certain nombre d’habitants de Lagos pour avoir justement cette capacité à bénéficier de conditions meilleures, meilleures pour l’environnement, meilleures pour l’efficacité économique de l'activité de Lagos. »
Des trajets quotidiens plus courts pour des milliers de LagosiensRelier le quartier d’Ikoyi, sur la presqu'île, à la commune d’Ikorodu, sur la partie continentale de la ville, prend aujourd’hui jusqu’à deux heures par la route aux heures de pointe. Sur l’eau, le trajet dure un peu plus de 30 minutes, mais sur des embarcations de faible capacité et vieillissantes.
C’est le quotidien de nombreux Lagosiens, comme en témoigne Oyeyemi : « Je travaille sur les îles comme ingénieur et je viens ici tous les jours, d’Ikorodu jusqu’aux îles. Ça fait gagner du temps pour se déplacer, mais ce serait mieux si on pouvait avoir plus de bateaux, pour réduire les longues files d’attente. Les gens habitent très loin à cause du prix des loyers sur les îles, mais doivent supporter le prix des transports. »
Ces nouveaux bateaux, capables d’accueillir jusqu'à 440 passagers, remplaceront les actuels à moteur diesel. L’autorité locale des voies navigables promet ainsi une économie de 41 000 tonnes de CO2 chaque année.
Mais l’ambition va plus loin : faire de Lagos un modèle de transport multimodal.
Oluwadamilola Emmanuel, conseiller spécial du gouverneur de l’État de Lagos sur l’économie bleue, résume l'ambition : « Comme dans toutes les grandes villes, il y a des embouteillages, mais ce que nous faisons c’est donner aux gens des options de modes de transport. Ce qui signifie connecter le transport routier au transport fluvial, et là où c’est possible, au transport ferroviaire. »
Ce projet, encore inédit en Afrique, a vocation à être répliqué sur le reste du continent.
-
Le Forum tunisien de l'investissement la semaine dernière à Tunis a démontré la volonté du pays d'être un pont entre l'Europe et l'Afrique. Le pays cherche aussi à être un hub commercial entre les pays arabes et l'Afrique, pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire.
De notre correspondante à Tunis,
Depuis la pandémie, la question de la sécurité alimentaire est devenue un vrai défi pour les pays arabes qui dépendent à près de 50 % des importations. Beaucoup veulent renforcer leurs liens vers l'Afrique pour faire de l'import-export ou développer des projets agricoles.
Lassad Ben Hassine, représentant de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel en Tunisie, explique l'importance de rapprocher les industries agroalimentaires des pays arabes et de l'Afrique subsaharienne. « Les pays arabes comptent environ 467 millions d'habitants, tandis que les déficits alimentaires arabes s'élèvent à 47,7 milliards de dollars selon le rapport économique du Fonds monétaire arabe de l'année 2024. Donc, ces enjeux font du développement des systèmes alimentaires, des industries de transformation une priorité stratégique pour assurer le développement économique et renforcer la résilience. Le monde arabe et l'Afrique dispensent de ressources agricoles et alimentaires considérables, mais une part importante de la valeur ajoutée demeure encore insuffisamment exploitée. »
À lire aussiDes pistes pour financer et repenser l'agriculture en Afrique de l'Ouest
Des industriels saoudiens en quête d’opportunités sur le marché africainLe pays se positionne plus largement comme un hub pour faciliter les échanges entre pays arabes et africains. Rabi Brik, directeur marketing du groupe saoudien agroalimentaire Zamil, fait partie des représentants arabes venus récemment rencontrer d'autres opérateurs commerciaux à Tunis : « Nous ne sommes pas encore en Afrique. C'est notre première visite à Tunis pour prospecter le marché africain. Les gens aiment l'Arabie saoudite à cause de la Mecque et de Médine sur le plan religieux, ce qui est très important pour tous les Arabes qui vivent en Afrique. Donc cela peut jouer en notre faveur pour promouvoir le concept d'un produit halal qui vient de l'Arabie saoudite ».
Zoleka Dikana est la créatrice de la ferme Aruzabiz en Afrique du Sud. « Je pense que c'est important pour l'Afrique du Sud et tous les pays africains de traiter les uns avec les autres sur le plan commercial, car cela va aussi renforcer nos monnaies locales. Si nos propres pays peuvent se connaître, commercer et travailler ensemble, alors peut-être que la plupart des problèmes que nous avons en tant que pays seront résolus. »
Lors de sa visite en Tunisie, elle s'est vu proposer d'exporter ses produits au Bahreïn, tandis que Rabi Brik, du groupe saoudien Zamil, a décroché une promesse de contrat avec un client libyen.
À lire aussiTunisie : succès du Forum tunisien pour l'investissement
-
Saknas det avsnitt?
-
La peste des petits ruminants reste l'une des maladies animales les plus dévastatrices en Afrique. Avec un taux de mortalité pouvant atteindre 90 %, elle menace les moyens de subsistance de millions de petits éleveurs. Responsables politiques, organisations internationales et représentants des éleveurs appellent à une accélération des financements pour atteindre l'objectif d'éradication.
De notre envoyé spécial à Brazzaville,
La peste des petits ruminants, Jalo Buba la vit au quotidien. Le président de l'Association des petits éleveurs du Nigeria s'est rendu à Brazzaville pour porter un message aux bailleurs de fonds et aux décideurs. « Cette maladie a un très fort taux de mortalité. Nous, les éleveurs, perdons parfois tous nos animaux. Le message que je veux adresser aux bailleurs de fonds est simple : ils doivent investir massivement, non pas demain, mais maintenant », plaide-t-il.
Le Tchad, l'un des principaux pays d'élevage de moutons en Afrique, subit lui aussi durement les conséquences de cette maladie. Son ministre de l'Élevage Abderahim Awat Atteib, qui préside également le comité consultatif africain pour l'éradication de la peste des petits ruminants, estime que les compétences existent déjà sur le terrain. « Les moyens humains existent. Les techniciens sont là, les cadres sont là, les experts sont là. Mais le seul moyen qui nous manque, c'est le moyen financier. Nous demandons à la Banque mondiale, à l'Union européenne, à la FAO et aux autres partenaires d'investir dans cette lutte contre la peste des petits ruminants », lance le ministre tchadien.
À lire aussiCôte d’Ivoire: un plan de vaccination contre la peste des petits ruminants
Objectif éradication d'ici à 2030Après l'éradication de la peste bovine en 2011, la communauté internationale s'est fixé un nouvel objectif : éliminer la peste des petits ruminants d'ici à 2030. Pour y parvenir, la coordination des actions sera déterminante, souligne le Dr Ricarda Mondry, représentante de la FAO à Brazzaville : « Il est très important que les financements soient disponibles au même moment dans tous les pays. Si un pays agit une année et son voisin plusieurs années plus tard, les troupeaux se déplacent et la maladie peut être réintroduite. »
Sur la question des financements, la représentante de l'Union européenne assure avoir déjà engagé des moyens importants : « Nous sommes déjà engagés dans un programme qui représente 8 millions d'euros de contribution européenne. Une deuxième phase est en préparation pour un montant de 40 millions d'euros. C'est une contribution significative », indique Anne Marchal.
À Brazzaville, tous les participants se sont accordés sur l'urgence d'agir vite et ensemble pour protéger les moyens de subsistance des 1,3 milliard de personnes qui dépendent de l'élevage des petits ruminants dans le monde.
À lire aussiElevage au Niger: des campagnes gratuites de vaccination pour mieux exporter
-
C’est une échéance que redoutent les travailleurs des centres d’appels au Maroc. En août entrera en vigueur en France la loi qui interdit le démarchage téléphonique sans consentement. Un changement majeur sur un marché qui représente 80% du chiffre d’affaires des entreprises marocaines. Selon les autorités du royaume, jusqu’à 50 000 emplois seraient menacés, dont beaucoup de postes occupés par des étrangers venus d’Afrique subsaharienne.
De notre correspondant à Casablanca,
Lamine est directement concerné par cette réforme. « Je fais du démarchage téléphonique. Je fais l'émission, c'est-à-dire appeler les clients, leur proposer des services, explique-t-il. Aujourd'hui, on se sent menacés. » Ce Sénégalais est au Maroc depuis trois ans.
Les centres d’appels constituaient jusqu’ici une opportunité d’emploi intéressante pour les jeunes comme lui. « Quand on arrive au Maroc avec des diplômes, on se rue quand même sur les centres d’appels, parce qu’il y en a plusieurs ici. Et, avec les salaires qu’on nous paie ici, on subvient à plein de besoins, ce qui n'était pas possible au Sénégal », détaille encore Lamine.
Mamadou est aussi très inquiet : « Nous, on s'attend au pire. Je travaille dans les centres d'appels. Je ne connais que ce domaine-là pratiquement. Ça me permet de joindre les deux bouts et ça m'a permis de réaliser pas mal de trucs au Sénégal. »
Le démarchage téléphonique ne va pas disparaître totalement, selon les explications de la direction à ces employés. « Peut-être que des alternatives suivront, des clients qui seront intéressés pour changer d’offres pourront faire des demandes sur les sites et nous, on pourra rappeler ces clients, espère-t-il. Parce que ce sont eux qui auront demandé à être contactés et pas le contraire en fait. »
Alors que le démarchage téléphonique va se compliquer, les employés, qui touchent souvent des primes sur objectif, risquent de perdre une partie de leur rémunération.
Quel accompagnement pour les petites structures ?Du côté du patronat, les grands groupes relativisent l’impact de la loi française sur le secteur. Selon la fédération marocaine de l’externalisation des services, le démarchage téléphonique pur ne constitue plus aujourd’hui que 15% à 20% de l’activité totale. C’est la guerre des chiffres avec les syndicats.
« Le grand nombre de ces centres d'appels sont des petites structures, voire des moyennes structures », pointe Ayoub Saoud, le secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appels, affiliée à la centrale UMT. Les petites et moyennes entreprises représentent plus de 60% du tissu du secteur. Et pour celles qui sont spécialisées dans le télémarketing, le choc s’annonce frontal.
« Comment le gouvernement compte-t-il accompagner ces centres d’appels pour éviter cette crise sociale ? Il faut trouver des solutions, il faut impliquer les acteurs socio-économiques pour parler notamment de gestion prévisionnelle des emplois et des carrières, et de reconversion professionnelle », alerte Ayoub Saoud.
Le gouvernement dit travailler sur un plan d’action. Ayoub Saoud dénonce au contraire l’impréparation des autorités, alors que la menace pèse depuis longtemps sur le démarchage téléphonique. Il souhaiterait aussi que les partenaires français soient impliqués dans la recherche de solutions.
-
En Somalie, la guerre civile et les conflits internes liés à des organisations terroristes ont poussé les femmes à sortir du rôle traditionnel qui leur est attribué pour travailler. Portrait d’une femme entrepreneure de Mogadiscio qui a mené de front famille et business à travers les conflits.
De notre correspondante à Mogadiscio,
C’est sous les décollages et atterrissages constants de l’aéroport de Mogadiscio qu’Hersio Siad raconte son parcours. La rencontre a lieu dans la zone la plus sécurisée de la ville, aux allures de base militaire, où logent de nombreux employés d’ONG ou d’ambassades. C’est aussi ici que la cheffe d’entreprise fait du commerce avec des hôtels en leur vendant fruits et légumes frais. Il aura fallu de nombreuses années à Hersio pour en arriver là. « J’ai commencé à faire du commerce pendant la guerre civile en 1991, avant ça, j’étais mère au foyer. J’ai commencé par vendre des fruits et ensuite j’ai changé pour vendre des vêtements. »
Se sont ensuivis près de 20 ans d’allers et retours entre Mogadiscio, le Somaliland ou l’Éthiopie voisine pour échapper aux conflits. Veuve avec 12 enfants à élever, Hersio a monté plusieurs petits commerces. En 2013, elle décide de rentrer à Mogadiscio et de créer Somfresh, une entreprise de vente de fruits et légumes en gros. Mais être une femme entrepreneure a été un obstacle à ses débuts. « Quand j’ai commencé, certains hommes n’ont pas apprécié et ont essayé de me décourager. Ils me vendaient même leurs produits plus chers parce que j’étais une femme. Mais j’ai persévéré pour leur prouver qu’ils avaient tort et finalement, je les ai convaincus », raconte-t-elle.
À lire aussiSomalie: des femmes cassent les clichés et montent leur business au Puntland [4/4]
Hersio, un rôle modèle pour les nouvelles générations de femmes somaliennesÀ Mogadiscio, les femmes représentent aujourd’hui près de la moitié des chefs d’entreprises du secteur formel. Elles sont aussi très nombreuses à créer leur commerce à la maison ou en ligne. Mais l’accès aux financements reste encore difficile en tant que femme. Hersio a donc créé l’association des femmes somaliennes entrepreneures pour aider ses consœurs. Elle représente aujourd’hui près de 500 cheffes d’entreprise. « Tous ces défis que j’ai rencontrés et réussis à surmonter m’ont motivé à créer Somali Women in Business simplement pour encourager d’autres femmes à ne pas laisser tomber et à réussir », précise la cheffe d'entreprise.
À ses côtés ce jour-là, Abdulkadir, son assistant et fils de 37 ans. « Je suis très fière d’elle. Ça n’est pas seulement notre mère, on lui est redevable parce qu’elle a passé la majorité de son temps à nous élever et à s'assurer que nous ayons une bonne éducation. » Grâce à son parcours et sa détermination, Hersio est devenue un exemple pour les nouvelles générations de femmes somaliennes.
À lire aussiJasmine Samantar, jeune somalienne de 26 ans, à la tête de la startup Samawat Energy
-
Bill Gates, Aga Khan ou encore Tony Elumelu… Tous ont des fondations très actives en Afrique et qui prennent de plus en plus de place à l’heure où l’aide publique au développement est en net recul. En 2025, c’est moins 23 %, soit près de 50 milliards de dollars en moins pour les pays en développement. Dans quelle mesure la philanthropie peut-elle et doit-elle remplacer les aides d’État ?
Dans le monde de l’entrepreneuriat, beaucoup comptent sur les « business angels ». Ces patrons qui font bénéficier des jeunes pousses de leurs carnets d’adresse et de leurs investissements. Le Sénégalais Malick Diouf, à la tête de la start-up Lafricamobile, est l’un d’entre eux : « Il m'est arrivé de rencontrer des entrepreneurs avec qui j’ai des correspondances, en tout cas des intérêts [communs] par rapport à ce que je fais au niveau de l'AfricaMobile. Ces entrepreneurs-là n’avaient pas besoin de "grand-chose", entre guillemets. Mais ils avaient besoin de ce cash-là, à ce moment-là précis, pour leur permettre de passer à l'échelle supérieure. Je suis très fier aussi de pouvoir donner aux écosystèmes ce qu'ils m'ont donné avant, tout simplement. »
L’autonomisation économique par la philanthropieFigure bien connue de la philanthropie sur le continent, le Nigérian Tony Elumelu. Sur les dix dernières années, sa fondation a investi 130 millions de dollars pour aider de jeunes entrepreneurs à se lancer. « Nous sommes convaincus que l’entrepreneuriat est le moyen le plus efficace pour parvenir à l’autonomisation économique, ce dont le continent africain a désespérément besoin. Tel est donc notre rôle au sein de la Fondation Tony Elumelu : donner aux entrepreneurs les moyens de créer des emplois et des opportunités économiques non seulement pour eux-mêmes, mais aussi pour des millions d’autres jeunes à travers l’Afrique », explique Somachi Chris-Asoluka, la directrice de la fondation.
Pour la fondation, ce changement structurel doit permettre de repenser la notion de l’aide sur le continent. « Nous pensons qu’il est temps d’aborder et de débattre de la notion de don et de développement au XXIᵉ siècle. C’est un modèle de développement qui est désormais dépassé », assure la directrice de la fondation. « Nos jeunes Africains n’attendent pas l’aumône. Ils sont brillants. Ils sont innovants, dotés d’un esprit d’entreprise. C’est sur cela que nous devrions tous nous concentrer en priorité : leur donner les moyens d’agir et leur offrir le financement, la visibilité et la plateforme qu’ils méritent », poursuit-elle.
À lire aussiLa Fondation Tony Elumelu ou la fabrique des futurs champions de l'entrepreneuriat africain
Aide au développement : le privé ne peut remplacer l’investissement publicPour les acteurs du développement, la philanthropie ne peut pas venir remplacer l’aide publique au développement, d’abord pour une question d’échelle. Selon les données de l’OCDE, moins de 10 % de l’APD mondiale est constituée de fonds issus de la philanthropie. Mais aussi pour des raisons de rentabilité. « Ça pose la question de sous-traiter parfois l'aide à des acteurs qui ont des intérêts économiques avant des intérêts de solidarité. Donc ça, ça pose une vraie question aussi de la privatisation de l'aide que nous, sur laquelle on s'interroge au CCFD-Terre solidaire », pointe Mathieu Paris du CCFD-Terre solidaire. Ce dernier alerte sur la « privatisation du développement ».
Espérer que le privé, qui doit avoir une rentabilité économique, vienne remplacer le public dans les investissements de l'aide est un leurre, estime-t-il. « Investir dans l'éducation, dans la santé, dans certaines infrastructures, ce n'est pas rentable ou au moins pas à court terme et pas en termes financiers. Donc, en effet, là, on risque d'avoir des secteurs de services essentiels aux populations qui sont délaissés », alerte-t-il. Transports, énergie, environnement des affaires, etc. Somachi Chris-Asoluka pointe également le rôle indispensable que doivent jouer les États africains.
-
La RDC s’apprête à passer à la phase de production du lithium, un des minerais stratégiques pour la fabrication des batteries électriques. La société Manono Lithium du groupe chinois Zijin Mining a annoncé la production de 500 000 tonnes de carbonate de lithium d’ici la fin du mois de juin. Avec ce gisement qui est le plus important au monde, Kinshasa pourrait devenir un acteur clé au moment où la demande mondiale en lithium est en forte croissance.
De notre correspondante à Lubumbashi,
500 000 tonnes de carbonate de lithium, c’est la quantité de production attendue au mois de juin, avec l’entrée en activité de la société Manono Lithium, du groupe chinois Zijin. Cette production devrait même doubler d’ici la fin de l’année. Eddas Lwaba Kitwa est le directeur des ressources humaines de la société Manono Lithium : « Le projet produira annuellement environ un million de tonnes de concentrés de lithium, dont environ 500 000 tonnes seront transformées en sulfate de lithium. Nous avons une très grande usine et cette transformation se fera localement. »
Une transformation locale qui permettra à la société d’exporter ce minerai stratégique par voie lacustre avec une valeur ajoutée. « Les minerais seront exportés par Kalemie. Manono Lithium est aussi en train de construire un port industriel privé, le port de Mutoa », précise Eddas Lwaba Kitwa.
À lire aussiRDC: Lubumbashi se rêve en acteur de la batterie automobile grâce au lithium
Une production du lithium source de nombreux espoirsDans cette course au lithium congolais, les Chinois ne sont plus seuls, même s’ils ont une longueur d’avance. Avec un investissement prévu de 50 millions de dollars d’ici 2027, la société américaine KoBold Metals accélère l’exploration dans la région. « Nous avons commencé par collecter les échantillons du sol. Nous avons huit permis de recherche dans la région de Manono et de Malemba Nkulu et nous espérons avoir encore plus de permis dans cette région. Aussi, nous espérons que sur les huit permis, nous aurons au moins un ou deux qui vont aboutir à des découvertes intéressantes de gisements qui pourront ensuite aller vers la production », détaille Benjamin Katabuka, le directeur général de KoBold Metals.
La toute première production du lithium dans la province du Tanganyika suscite beaucoup d’espoir en termes de développement local. Forte des expériences passées, Maître Angèle Kombe, membre de la société civile basée à Kalemie, plaide pour que cette richesse profite au maximum aux communautés locales. « De Manono à Kalemie, où passe la route sur laquelle seront transportées des tonnes de lithium, il y a combien d’hôpitaux de qualité, combien d’écoles, combien de marchés ? Pour qu’il y ait développement, il faut d’abord une bonne gouvernance », alerte-t-elle.
Avec une capacité de production de 5 millions de tonnes de lithium par an, la RDC se positionne une nouvelle fois comme un acteur clé dans la chaîne d’approvisionnement mondiale des minerais critiques.
À lire aussiRDC: à Manono, l'exploitation prochaine du lithium suscite à la fois espoirs et inquiétudes
-
C'est une industrie à mi-chemin entre l'agroalimentaire et la pharmacie. À Madagascar, l'usine Tanjaka Food fabrique chaque année 3 000 tonnes de produits nutritionnels pour combattre la malnutrition infantile. Parmi eux, « l'aliment thérapeutique prêt à l'emploi » est destiné aux enfants souffrant d'émaciation sévère, la forme la plus mortelle de malnutrition. Sa production locale a permis aux acheteurs de réduire leurs coûts et d'augmenter le nombre d'enfants traités.
Avec notre correspondant à Antanarivo, Guilhem Fabry
Des arachides d'Inde et d'Argentine, du lait en poudre importé d'Europe, des huiles, du sucre et surtout une formule de 30 vitamines et micronutriments... Tous ces ingrédients sont assemblés à Antananarivo pour aboutir à « l'aliment thérapeutique prêt à l'emploi » : une pâte épaisse respectant les meilleurs standards sanitaires. « On va passer sur une première phase qui est le pré-mélange. On va intégrer les trois premières matières principales. Ensuite, on va passer par la thermisation. Elle sert à éliminer tous les risques microbiologiques », explique la directrice de division de la marque Tanjaka Food, Randianina Rasoamiaramanana.
« L'ensemble de nos matières premières sont importées, parce que nous sommes tenus de respecter un cahier des charges déjà très précis. Malheureusement, actuellement à Madagascar, nous n'avons pas encore de fournisseurs qui arrivent à fournir les matières premières à la hauteur des exigences imposées par ce produit-là », précise-t-elle.
Filiale du groupe malgache Basan, Tanjaka Food qui emploie 89 employés est capable de produire jusqu'à 6 000 tonnes d'aliments nutritionnels par an, contre 1 000 tonnes à sa création en 2009. « Sur les deux dernières années, on a beaucoup exporté notamment au Zimbabwe, au Mozambique, un peu au Soudan du Sud. C'est l'Unicef, notre partenaire, qui redirige les besoins en fonction de la situation nutritionnelle dans les différents pays alentours », détaille encore Randianina Rasoamiaramanana.
« Couper sur les coûts logistiques pour rendre ce produit beaucoup plus disponible »Mais la majorité de la production est réservée à Madagascar. Mathieu Joyeux est chef de la nutrition pour l'UNICEF dans le pays : « On a, à peu près en moyenne chaque année, entre 100 000 et 120 000 enfants atteints de malnutrition aiguë sévère. La majorité se trouve dans le Grand Sud et le Sud-Est. Mais on a aussi des taux de malnutrition aiguë sévère très élevés en zone urbaine, à Antananarivo. »
Le traitement dure quatre à huit semaines, à raison de trois sachets par jour. « Avant ce produit thérapeutique, il y a une trentaine d'années, il fallait renutrir l'enfant huit fois par jour sous supervision médicale continue. La révolution pour nous de ce produit, c'est qu'on a pu faire sortir les enfants des hôpitaux », rappelle Mathieu Joyeux. « Maintenant, ils prennent leur traitement à la maison. Et on a fait réduire les coûts globaux en appuyant la création de nouvelles usines de production, y compris une production locale ici à Madagascar, qui nous permet de couper sur les coûts logistiques pour rendre ce produit beaucoup plus disponible », met-il en avant.
La quasi-totalité des enfants souffrant d'émaciation à Madagascar reçoivent l'aliment thérapeutique. Ceux atteints de malnutrition modérée, dont le nombre a augmenté de 46% depuis 2024 dans le Grand Sud, n'ont en revanche pas tous accès à des suppléments nutritionnels adaptés. La faute à des financements internationaux en forte baisse. L'usine de Tanjaka Food ne tourne aujourd'hui qu'à 50% de sa capacité.
-
Les créateurs africains s'exposent aux Galeries Lafayette. Dans ce lieu emblématique de la mode, neuf créateurs ont été sélectionnés pour proposer leurs collections aux clients de cette enceinte historique. Une opportunité pour l'industrie de la mode africaine de vendre et de se faire connaître lors de cette 2e édition du pop-up Africa Now.
« Être aux Galeries Lafayette, qui est quand même le centre du luxe à Paris... C'est d'abord une chance pour nous d'être ici », se réjouit Eric Resina, qui finalise la préparation de ses portants. Entre fourrures de soie et dentelles de raphia, le créateur propose des collections colorées et très texturées. Ce Malgache d'origine a déjà travaillé avec les maisons Yves Saint Laurent ou Christian Lacroix, pour lui, l'intérêt est vraiment de promouvoir la mode africaine.
« Je suis ici pour réellement présenter Madagascar avec toutes ces couleurs, toutes ces matières que j'essaie d'interpréter, pas seulement en utilisant les matières de mon pays, mais aussi parce qu'il y a des résonances qui sont importantes, explique-t-il. Il y a des souvenirs des gens qui sont déjà passés à Madagascar, qui peuvent en fait retrouver dans ma collection ici, et c'était un peu pour les faire rêver. »
Une nouvelle clientèleÀ côté, se tient le présentoir de la Sénégalaise Hélène Diouf. Elle fait un bilan très positif de la première édition : « L'année dernière, on avait fait presque sold out à la première semaine. Et on reprend la même chose cette année aussi. En tout cas, nos boubous, on les vend très bien. Les boubous aux Galeries Lafayette, ça marche très bien. » Être présente aux Galeries Lafayette a permis d'ouvrir les collections de sa marque Sisters of Africa a une nouvelle clientèle venue de Londres, mais aussi du Qatar ou des Émirats.
« On a beaucoup de clientes qui reviennent sur le site internet maintenant pour venir acheter. C'est ça qui est bien en fait. Au-delà de la vente, c'est cette connexion entre nos clientes qui sont un peu partout, qui viennent, qui touchent, qui essaient et après reviennent sur le site pour acheter. Donc oui, ça nous a drainé aussi une ouverture qu'on n'espérait pas, mais qui est là », détaille-t-elle. Et si elle n'aime pas parler d'argent, elle reconnaît avoir fait un bon chiffre d'affaires.
Soutenir l'industrie africaineValérie Ka est fondatrice d'Africa Fashion Up, le grand défilé de mode africaine à Paris et partenaire de ce pop-up. « L'année dernière, la vente Africa Now a été la meilleure vente aux Galeries Lafayette. Donc comme quoi, les créateurs africains vendent. C'est plus qu'une fierté. J'en ai rêvé », se réjouit la femme d'affaires. Il est temps donc de « prendre l'industrie de la mode africaine au sérieux », pointe-t-elle.
« Il y en a beaucoup qui habillent des célébrités qu'on voit à la télé, mais on ne sait même pas que ce sont des créateurs africains. On a des créateurs qui ont habillé Theresa May, la princesse de Monaco, Fally Ipupa », rappelle-t-elle fièrement. Et de plaider pour plus de soutien pour cette industrie : « La marque africaine, elle marche véritablement. C'est un enjeu économique assez important. Jusqu'à présent, je trouve qu'en Afrique, on n'a pas encore pris sérieusement l'aspect accompagnement sur les industries créatives, notamment la mode. On voit ça un peu comme un deuxième ou troisième métier. Ce n'est pas pris très au sérieux. » Pourtant, rappelle-t-elle, les hommes et les groupes les plus influents « vendent des vêtements, des chaussures, des accessoires. Donc, à un moment donné, il faut qu'ils prennent au sérieux nos créateurs africains ».
En plus de ces trois semaines de vente, un grand défilé est prévu fin juin au musée du Quai Branly, où une exposition consacrée à la mode africaine a lieu jusqu'au 12 juillet.
À lire aussiAvec l'exposition «Africa Fashion», la mode africaine affiche ses racines et sa diversité à Paris
-
Au Sénégal, l'activité minière d'Eramet a repris à 30% de son niveau habituel depuis fin avril dans la région de Grande-Côte. Le site où sont produits des sables minéralisés (tels que le zircon ou l'ilménite) avait été touché par un incendie en février. Quelles perspectives pour les employés et pour le budget de l'État sénégalais, qui perçoit une part des revenus d'Eramet ?
Eramet a payé 76 millions d'euros sous forme d'impôt et de taxes à l'État sénégalais en 2025 sur une contribution totale estimée à 230 millions d'euros par le groupe français, qui comptabilise aussi notamment les achats locaux, la masse salariale et les investissements communautaires. Cette année, la chute de l'activité se fera inévitablement sentir, confirme Frédéric Zanclan, directeur d'Eramet Grande Côte : « Sachant qu'on sera cette année à un peu plus du tiers de notre production nominale, cela impliquera une baisse de ces contributions. Mais à ce stade, nous n'avons pas encore les chiffres. »
Avant l'incendie de février, Eramet était le sixième contributeur minier au budget de l'État du Sénégal. La diversification des revenus miniers et extractifs du pays, avec des volumes exportés de gaz et de pétrole supérieurs aux prévisions et un cours des hydrocarbures favorable, devrait permettre d'atténuer la baisse de la contribution d'Eramet, selon Youga Sow, consultant en stratégie dans le domaine minier et fondateur du cabinet Advise Africa. Mais l'impact ne sera pas neutre ajoute t-il :
« L'État devrait retomber sur ses pattes mais il faut relativiser, car c’est un État qui est endetté et qui fait face à beaucoup de problèmes économiques et où l'économie est quasiment stagnante, chaque sous compte, donc ce qui se passe à Eramet ne peut pas être sans impact sur les revenus de l'État, et il n'y a pas que les revenus collectés par l'État, on parle aussi d'emplois. »
À lire aussiLe fonds d'investissement Orion CMC aurait des visées sur le groupe français Eramet
Un coup social et humain importantSeule une partie des employés a en effet été rappelée pour relancer la production en avril. Ceux qui sont au chômage, mais salariés directs d'Eramet, bénéficient en attendant leur retour d'un dispositif de soutien, précise Frédéric Zanclan : « À titre illustratif, pour la tranche ouvrière, on reverse jusqu'à 73% du salaire ; le plancher minimum est d'environ 50% pour l'ensemble des salariés. »
Ces mesures concernent une minorité de salariés : sur 3 000 employés d'Eramet, environ 2 500 ne sont pas directement rattachés au groupe français et ne bénéficient donc pas de la même prise en charge : « Nous avons des sous-traitants, des prestataires, des intérimaires, qui eux, en fonction de la stratégie de leur entreprise, sont soit au chômage technique, même parfois en licenciement pour motif économique. » Un aspect social et humain qui est le plus important aux yeux de Youga Sow :
« Ces acteurs-là vivaient jusqu'ici de cette activité autour d'Eramet. Si Eramet est contraint, pour des raisons technico-économiques que nous pouvons comprendre, de réajuster son modèle, cela va forcément se faire au détriment des revenus engrangés par les sous-traitants et les employés. »
Retour à la normale au 1er trimestre 2027 ?« La question c'est comment cela sera géré, quel est le modèle de transition qui sera mis en place pour atténuer les effets négatifs, quel est l'horizon, qu'est-ce qui est projeté ?, s'interroge le fondateur du cabinet Advise Africa. Est-ce qu'on est parti pour six mois, pour neuf mois et dans combien de temps la situation va être rétablie ? Est-ce qu'il y a un plan de retour à la normale ? Plus, il y a de transparence dans les éléments d'information communiqués et dans le traitement de la situation, plus les parties concernées seront enclines à comprendre la situation. »
Eramet confirme que son projet de produire un million de tonnes de sables minéralisés cette année n'est plus d'actualité et que le volume 2026 se situera entre 300 000 et 400 000 tonnes. « Nous sommes dans la phase d'appel d'offres, recrutement de prestataires et l'achat des équipements nécessaires pour redémarrer l'usine mobile flottante – affectée par l'incendie, NDLR – si le projet est bien mené, nous espérons revenir à 100% de notre capacité nominale au premier trimestre 2027 », précise Frédéric Zanclan.
À écouter aussiAu Sénégal, la mine mobile d'Eramet accusée de détruire le désert et l'économie locale
-
De plus en plus de touristes asiatiques et notamment chinois viennent en Tunisie et veulent découvrir le pays autrement, pas seulement via ses stations balnéaires. Des créateurs de contenu chinois ont été invités au printemps pour valoriser la destination. L’objectif du pays est d’attirer 30 000 touristes chinois d’ici la fin de l'année 2026. Leur nombre est en plein essor et a augmenté de 15% entre 2024 et 2025 malgré l'absence de ligne aérienne directe entre Pékin et Tunis.
Après une visite du site archéologique de Dougga dans le nord-ouest de la Tunisie, place au repas pour le groupe d'influenceurs et youtubeurs chinois venus visiter la Tunisie. En plus de déguster des spécialités locales, telles que le sanglier, le groupe a pu découvrir plusieurs lieux inédits du pays, hors des sentiers battus.
« C'est la diversité culturelle de la Tunisie qui attire énormément de touristes chinois, qui cherchent vraiment des expériences authentiques. On a le Sahara, on a la mer, on a surtout les différentes civilisations, Carthage, romaine, arabe », explique Amandine Wu, chargée de la communication de l'Office national du tourisme tunisien en Chine.
Anouar Chetoui, représentant de l'Office national du tourisme tunisien en Chine, explique que ce voyage a été spécialement organisé pour promouvoir le pays auprès du marché chinois : « Ce voyage a également mis en avant les hôtels haut de gamme, le golf, les maisons d'hôtes et les expériences authentiques comme la cueillette des olives afin de montrer que notre destination offre bien plus qu'un tourisme balnéaire classique avec des expériences variées et adaptées au marché chinois. »
À lire aussiLa Tunisie et le Maroc connaissent une année touristique 2025 en demi-teinte
À la recherche d'un tourisme authentiqueLe « marché chinois » se divise en plusieurs catégories, explique Anouar Chetoui : « Les groupes organisés, bien sûr, le produit "Miles" pour les événements et le tourisme d'affaires à forte valeur, les familles pour des expériences culturelles ainsi que les "FIT", les individuels pour un tourisme individuel, authentique et sur mesure. »
Ce tourisme sur mesure séduit Qong Niha Jam, spécialiste des vidéos de voyage qui compte plusieurs millions d'abonnés sur les réseaux sociaux chinois : « C'est vraiment super, vraiment, j'adore franchement. La jeune génération n'est pas intéressée par des voyages organisés, ils veulent voyager et découvrir par eux-mêmes, donc je pense que ce type de destination peut les séduire. »
Ce marché en pleine croissance représente un véritable atout économique pour la Tunisie, car un Chinois dépense quatre fois plus en moyenne en voyage qu'un touriste européen.
À lire aussiEn Tunisie, le Dahar, un géoparc classé au patrimoine mondial de l’Unesco
-
En Côte d’Ivoire, plus d’un millier de véhicules électriques sont en circulation. Silencieuses et sans carburant, ces voitures sont présentes surtout dans le secteur des VTC où elles offrent des coûts d’exploitation réduits. Mais malgré cette montée en puissance, des défis persistent : un prix d’achat encore élevé, des bornes de recharge insuffisantes et une forte dépendance aux importations.
Reportage de notre correspondant à Abidjan,
À bord d’un véhicule électrique, Mouhamed Kanaté enchaîne les courses dans les rues d’Abidjan. Chauffeur VTC depuis deux ans, il verse une recette journalière de 28 000 FCFA à son employeur. Mouhamed est comptable de formation et passionné par les questions environnementales, il a choisi l’électrique pour alléger ses dépenses quotidiennes et améliorer sa rentabilité : « Contrairement aux véhicules thermiques, quand vous rechargez, le minimum, c’est 20 000 FCFA. Or pour l'électrique, le maximum, c’est 13 000 FCFA. Donc vous pouvez travailler en deçà de 20 000 FCFA et puis avoir un bénéfice sur l’activité qui va vous permettre de prendre soin de votre famille, tout ce qui est charge. C’est vraiment rentable. »
Les trois principaux opérateurs de VTC présents sur le marché ivoirien misent désormais sur ce type de véhicule. Selon les acteurs du secteur, près de 300 sont actuellement utilisés pour le transport urbain à Abidjan. Mais le développement de cette mobilité verte se heurte encore à plusieurs obstacles : un coût d’acquisition élevé – pas moins de 14 millions de FCFA par véhicule. À cela s’ajoute un nombre encore limité de bornes de recharge : seulement une centaine à travers le pays. Les réparations sont souvent complexes en cas de panne, explique Mouhamed Kanaté : « Les difficultés sont du point de vue entretien de l’équipement. La rareté des pièces mécaniques. Parce que, vu que ce sont des véhicules importés, pour l’instant, il n’y a pas un grand nombre de revendeurs de pièces détachées. »
Mesures incitatives pour les investisseursFace à cette demande grandissante, plusieurs concessionnaires étoffent leurs offres. C’est le cas de Sinoafrik, représentant des marques chinoises à Abidjan. Dans son showroom, à Cocody, SUV et berlines électriques occupent désormais une place de choix. Mais au départ, il a fallu rassurer et convaincre les clients. « On les a incités à mieux connaître le modèle, à savoir que c’est encore plus économique et avantageux pour eux-mêmes, explique Reine Trésor Gosset, commerciale. Maintenant il y a une réelle demande, il y a plus d’intérêt d’achat que de curiosité. Les modèles les plus prisés actuellement, ce sont les modèles pour le VTC et des petites voitures de 25 places. »
Le ministère des Transports affirme vouloir accompagner cette transition vers une mobilité plus verte, notamment à travers des mesures incitatives destinées aux investisseurs. « Aujourd’hui, on a dans le code des investissements beaucoup de facilitations qui existent pour faire la promotion et pour faciliter l’installation des investisseurs, explique Jean-Marc Atché, le directeur de la planification et des projets. Nous accompagnons pas mal de projets en cours, notamment une grande usine qui doit être construite, qui va servir à faire l’assemblage des véhicules électriques sur place en Côte d’Ivoire. »
L'État ivoirien souhaite montrer l’exemple : d’ici 2030, 10 % du parc automobile de l’administration devrait être constitué de véhicules électriques.
À écouter aussiPourquoi les taxis-motos déferlent sur les villes africaines?
-
Il y a un an, le Gabon annonçait sa volonté de ne pas renouveler l'accord de pêche signé avec l'Union européenne et qui permettait jusque-là à une trentaine de navires européens de venir pêcher des espèces thonières dans les eaux gabonaises. Le gouvernement gabonais juge « insuffisante » la contribution financière de 2,6 millions d'euros que lui versait l'UE. À quelques jours de la date d'expiration, le 28 juin prochain, les négociations se poursuivent mais s'annoncent difficiles.
Le compte à rebours est lancé : sauf surprise, à compter du 29 juin 2026, plus aucun bateau européen ne pourra pêcher dans les eaux gabonaises, une première depuis près de 40 ans. « Les premiers accords de pêche entre l'UE et le Gabon remontent à 1988, rappelle Maciej Berestecki, porte-parole de la Commission européenne et spécialiste des questions liées à la pêche. Cet accord est très important pour l'Union européenne mais, de notre point de vue, il bénéficie aux deux parties. Nous versons au Gabon une première contribution financière de 1,6 million d'euros en échange de l'accès aux eaux gabonaises et une deuxième d'un million d'euros en soutien au secteur de la pêche locale. » Soit un total de 2,6 millions d'euros par an auquel s'ajoute un million d'euros par an versés directement par les armateurs européens.
« Nous ne pouvons plus accepter un modèle où nos ressources sont simplement exportées brut »« Ces contributions financières et le soutien à l'économie locale étaient minimes par rapport à la richesse prélevée, balaye Aimé Martial Massamba, ministre de la Mer, des Pêches et de l'Économie bleue du Gabon. L'Union européenne a manifesté la volonté de négocier un nouvel accord "gagnant-gagnant", ce qui sous-entend que le précédent ne l'était pas au profit du Gabon. » À moins de 15 jours de l'échéance, les négociations s'annoncent difficiles, d'autant que les exigences du Gabon ne sont pas seulement financières. « Cet accord ne répondait plus aux ambitions de développement du Gabon. Nous ne pouvons plus accepter un modèle historique où nos ressources sont simplement capturées, exportées brutes sans aucune valeur ajoutée créée sur le sol gabonais », insiste le ministre.
À lire aussiLe Gabon annonce rompre son accord de pêche avec l'Union européenne
Un modèle de pêche durable ?Les Européens se disent prêts à étudier toutes les propositions du gouvernement gabonais, tout en rappelant qu'à leurs yeux ils ne font pas concurrence aux pêcheurs locaux. « Les bateaux européens ne sont autorisés à pêcher que les espèces de poissons que le Gabon ne cible pas, comme le thon tropical, rappelle Maciej Berestecki. Il n'est pas question de toucher aux ressources côtières exploitées localement par les pêcheurs artisanaux. » De plus, l'UE assure se baser sur un comité scientifique pour n'autoriser à la pêche que les stocks excédentaires.
Mais l'engagement affiché des Européens en faveur de la pêche durable ne convainc pas Aliou Ba, responsable de la campagne Océan pour Greenpeace Afrique : « Pour que ces accords puissent être durables, il faudrait que ces navires ne puissent pas utiliser des moyens de pêche destructifs comme le chalut de fond, pointe-t-il. Enfin, même si l'objectif est d'approvisionner le marché européen, il faudrait que la transformation des ressources prélevées puisse être faite localement. » Avant le Gabon, le Sénégal avait déjà rompu l'accord de pêche signé avec l'Union européenne fin 2024.
-
C'est une des conséquences de la guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix du bitume. Le secteur des travaux publics est directement touché, notamment en Afrique où rares sont les fabricants.
À Madagascar, comme dans beaucoup de pays du continent, on ne fabrique pas de bitume. « On importe la matière brute qui nous permet de faire de l'asphalte, sans bitume on ne peut pas faire de goudron », explique Richard Ferrazi, directeur de l'entreprise de BTP Colas sur la Grande Île. Dany Michael Ranivo, administrateur général adjoint d'Inframad, société qui supervise des chantiers à Madagascar, confirme qu'il n'y a pas d'alternative : « Il y a une variante, le béton armé, mais on ne peut pas s'offrir ça, c'est du luxe pour nous. »
Pour des raisons de proximité géographique, le bitume est d'ordinaire importé à Madagascar majoritairement du Golfe : « Principalement le bitume venait du port de Jebel Ali, à Dubaï, et passait donc par Ormuz. Le bitume européen n'était qu'un complément. Aujourd'hui, c'est l'origine principale. Forcément c'est beaucoup plus long, il faut compter 45 à 60 jours de plus. »
Ce changement de source d'approvisionnement a eu un impact inévitable sur le terrain, explique Richard Ferrazi. « L'arrêt a été brutal, il nous a fallu du temps pour nous retourner, on a perdu plus de deux mois sur certains chantiers, on ne revient que maintenant à la normale ». Deux mois plus tard, le bitume coûte 40 à 50 % de plus à Madagascar. L'impact se fait sentir aussi pour Inframad. « Cela peut retarder notre levée de caution bancaire ou retarder l'octroi de ressources que l'on voulait déployer sur d'autres projets », précise Dany Michael Ranivo.
À lire aussiFace au blocage du détroit d'Ormuz, la Chine sécurise ses stocks d'hydrocarbures
Renégocier les contrats pour absorber la hausse des prixEn Guinée, la tonne de bitume a augmenté d'environ 200 dollars en trois mois, soit une hausse de plus de 20 %. Certains des contrats peuvent heureusement être renégociés, explique Mory Diaka Kaba, directeur adjoint de Guiter, la société guinéenne de terrassement routier : « Il existe des contrats dans lesquels nous avons négocié une actualisation, ce qui nous permet d'ajuster ces coûts, mais dans d'autres contrats, ce n'est pas prévu et nous sommes obligés de grignoter dans notre marge, voire d'aller jusqu'à des pertes financières. »
Au Cameroun, le Code des marchés offre la possibilité de réviser les prix. Stéphane Edouma, directeur adjoint de MAG, un des gros acteurs du BTP – qui réalise actuellement l'entrée de la ville de Douala, soit un marché de 30 milliards de FCFA –, envisage de déposer un dossier de révision « pour pouvoir rentrer dans ses frais ». Stéphane Edouma assure avoir réussi à honorer ses engagements et ne déplore pas d'arrêt de chantier.
Les prochains appels d'offres seront certainement négociés différemment, explique-t-il, et vont inciter les entrepreneurs à être plus prévoyants : « Au vu des retards d'approvisionnement, on anticipera en mettant en place des stocks tampons afin de garantir nos plannings de chantier. Des leçons seront forcément tirées de cette crise soudaine. »
En attendant la normalisation des prix, Mory Diaka Kaba explique acheter le minimum prévu par les contrats mais ajoute « qu'en raison du prix, le stockage est devenu pratiquement impossible. » En plus du prix du bitume, le BTP doit absorber la hausse de celui du carburant, un seul engin de chantier peut en consommer plus d'une centaine de litres par jour.
À écouter dans C'est pas du ventCOP 16 : soigner les sols, c'est possible
-
Le Mondial 2026 de football est aussi une occasion d'investir pour certains opérateurs économiques. C'est le cas d'Orange et New World TV, un groupe togolais, qui ont signé un partenariat renforcé pour la diffusion de l'intégralité des matchs dans plusieurs pays d'Afrique francophone.
« Concrètement, nos utilisateurs pourront découvrir via Max It les offres de NWTV, y souscrire, payer directement via l'écosystème Orange et accéder immédiatement au contenu depuis leur smartphone, tablette et bientôt la télévision connectée », détaille Sofia Nadir, directrice partenariat pour Orange Moyen-Orient Afrique (OMEA).
Max It, l'application développée par le groupe, est disponible désormais dans neuf pays francophones d'Afrique subsaharienne et permet à Orange et New World TV d'élargir le partenariat qu'ils avaient conclu en 2022 pour proposer les matchs, en streaming, avec « la garantie de ne pas surconsommer de datas et de regarder la compétition en toute légalité », précise Sofia Nadir.
La Coupe du monde 2026 est, pour chacune des deux parties, l'opportunité de séduire de nouveaux abonnés et donc un investissement très stratégique, explique Gérard Akindes, économiste du sport : « Orange a déjà une position dominante sur le marché francophone. Le groupe va donc fidéliser sa clientèle et peut-être se positionner de plus en plus sur le sport et la diffusion du sport par téléphonie mobile. C'est un espace qui prend beaucoup d'ampleur sur le continent. »
Plus de visibilité pour New World TVContrairement à Canal+, diffuseur historique des compétitions sportives qui a les droits en Afrique anglophone via SuperSport, New World TV est un opérateur « entrant », c'est-à-dire encore jeune sur le marché, qui a besoin d'élargir son champ d'influence, ajoute Gérard Akindes : « Pour New World TV, l'intérêt, c'est de revendre une partie de leurs licences, de faire du sublicensing, et de récupérer ainsi en partie leur mise, pour arriver sans trop d'effort à atteindre une plus grande audience via la diffusion par téléphone. »
Louis Biyao, conseiller juridique de New World TV, confirme l'intérêt du groupe de voir Orange relayer sa chaîne : « Cela nous apporte commercialement et aussi en termes de visibilité. On multiplie les canaux de diffusion par le monde pour avoir accès à nos produits et Max It d'Orange ne sera pas de trop. »
En parallèle de son offre dans les pays francophones, Orange a également établi des accords avec d'autres détenteurs de droits audiovisuels que New World TV, avec un objectif affiché : garantir une couverture exhaustive de la compétition dans les 18 pays de la zone Moyen-Orient-Afrique où le groupe est présent.
À lire aussiMondial 2026: et maintenant, s'ouvre la Coupe du monde de la démesure
-
Le salon de l'industrie agroalimentaire africain International Food show for Africa a fermé ses portes mercredi 10 juin en Tunisie. Un grand rendez-vous qui est l'occasion pour les professionnels de l'agroalimentaire – fabricants, détaillants, professionnels de la restauration, importateurs et distributeurs – de réfléchir à des solutions susceptibles d'améliorer leurs échanges. À l'heure où le contexte géopolitique force beaucoup de pays vulnérables à revoir leurs importations et la logistique autour de la sécurité alimentaire, de nombreux acteurs africains plaident pour l'accélération des échanges intra-africains.
De notre correspondante à Tunis,
Dans le hall des expositions à la foire du Kram à Tunis, les échanges vont bon train pour l'Union des chambres de commerce sénégalaise, venue représenter les 14 chambres que compte le pays. Aliou Ndiaye en est le secrétaire général. Il évoque les nombreux défis au développement du commerce intra-africain : « Le principal défi aujourd'hui est le défi logistique, parce qu'il faut des routes pour que l'on puisse commercer entre les pays africains. » Autre défi de poids, souligne-t-il : celui de la formalisation. « Plus de 80% des entreprises sont informelles, et pour faire du commerce intra-africain, il faut du commerce formel », précise-t-il.
Lors d'un panel sur les opportunités avec la Zone de libre-échange intercontinentale (Zlecaf), Aliou Ndiaye a insisté sur la nécessité pour le marché africain d'être plus compétitif. D'autant que les dynamiques d'import-export se redessinent avec la guerre russo-ukrainienne et au Moyen-Orient. « Même si on ouvre le marché de la Zlecaf, si le riz asiatique est moins cher et de meilleure qualité, les pays africains vont continuer d'acheter du riz asiatique », pointe Aliou Ndiaye.
À lire aussiZLECAf : où en est le pari de l’intégration économique africaine ?
15 pays dans l'initiative du commerce guidéTarek Boulmerka est le président de l'Association nationale des exportateurs algériens. Lui aussi insiste sur l'importance de construire de meilleures infrastructures : « La Mauritanie ou bien le Sénégal, la porte est juste à côté de l'Algérie. On est en train de faire une route, il ne nous reste que 600 kilomètres de voie terrestre [à construire]. Vous pouvez atteindre Nouakchott en un délai de 20 jours. »
La priorité de la Tunisie est de booster les échanges avec son voisin algérien, son premier partenaire commercial africain. Ce dernier est très remarqué sur le salon avec ses 25 exposants. Mais la Tunisie souhaite également étendre ses échanges à plus de pays sur le continent. Elle est l'un des premiers pays à avoir adhéré à l'initiative du commerce guidé. Une initiative qui simplifie les procédures douanières, qui regroupe désormais 15 pays.
« La nouvelle, c'est l'intégration la semaine dernière du Maroc et de l'Afrique du Sud à l'initiative du commerce guidé. C'est un ajout pour la Tunisie et notre économie », estime Oussama Ben Khalifa, de la chambre du commerce et de l'industrie tunisienne. Aujourd'hui, les échanges entre pays du continent ne représentent encore que 16% de l'ensemble de leurs flux commerciaux.
À lire aussiL'inflation s'invite dans les préparatifs de l'Aïd en Tunisie
-
À quelques heures du coup d'envoi de la Coupe du monde de football 2026, direction le Sénégal, où la compétition se vit aussi à travers les paris sportifs. Depuis cinq ans, le secteur s'est digitalisé. Plus besoin de se rendre jusqu'en boutique, quelques clics sur un téléphone suffisent pour miser. Résultat, de plus en plus de parieurs se lancent. Pour eux, le Mondial a déjà commencé.
De notre correspondante à Dakar,
Dans ce groupe de jeunes footballeurs, tous du même club de quartier, l'issue du match Sénégal-France du 16 juin fait débat. Tout semble possible, rien n'est écrit d'avance. Assane a déjà un plan en tête : « Je vais parier sur deux applications différentes, sur l'une la France et sur l'autre le Sénégal. Comme ça, j'aurai mes chances de gagner. Il y a un de mes potes qui m'a appelé pour me dire : "Assane, j'ai besoin d'argent, viens, on fait des paris." Je lui ai répondu : "Vas-y, on tente notre chance." »
De son côté, Mohamed ne cache pas sa passion pour les paris. « Cela m'excite », rigole-t-il. Pour lui aussi, la fièvre des paris sportifs a commencé, avec le Mondial 2026 qui va commencer. Ce jeune Dakarois a déjà engagé des mises sur le match d'entrée des Lions de la Teranga face aux Bleus. « J'ai mis plein de combinaisons possibles. Premier ticket : le Sénégal va gagner. Deuxième ticket : les deux équipes vont marquer. Ensuite, Mbappé va marquer pour la France, Sadio Mané pour le Sénégal, détaille-t-il. J'espère que ça va se passer comme ça car si c'est le cas, je gagne ! »
« On perd plus qu'on ne gagne »Le mois passé, Mohamed a parié pour 80 000 francs CFA (soit 122 euros) en tout. Sur cette somme, il cumule 30 000 francs CFA (45 euros) de perte nette. Des petites mises à chaque fois, mais des mises sur tous les championnats de la planète. « Toutes les compétitions, championnats, Ligue des champions, Coupe de France, aux États-Unis et même en Chine (rires). On n'a pas de limite en fait. Mais on perd plus qu'on ne gagne, cela il faut le dire », concède-t-il.
Comme beaucoup d'autres Sénégalais, Mohamed a été happé par les paris sportifs juste après le Covid-19. À ce moment-là, les applications de paris fleurissent sur les écrans. Les pratiques changent. Malick Diouf est fondateur du Dakar Sport Summit, salon consacré à l'économie du sport. « On est un pays à majorité musulmane dans lequel les paris ne sont pas bien vus. Le fait que ça soit digitalisé lève le tabou et a permis à toutes les couches sociales de jouer sans être jugées », analyse-t-il.
Le secteur est porté par trois poids lourds : l'opérateur russe 1xBet, l'entreprise française Betclic et le groupe sénégalais Sunubet. Depuis novembre 2025, ces sociétés voient leurs revenus taxés à hauteur de 20%. Même chose pour les gains des parieurs. « L'État gagne, mais l'argent que l'État collecte sur les paris sportifs doit servir à financer le sport professionnel mais amateur surtout », estime Malick Diouf.
Période très attendue par les parieurs sportifs, le Mondial de football est aussi le moment de tous les excès. Des associations alertent contre des cas croissants de dépendance.
À lire aussiBilan carbone désastreux, chaleurs extrêmes: le Mondial de football, symbole puissant du dérèglement climatique
-
La Côte d'Ivoire compte aujourd’hui plus de 400 000 points de service de mobile money selon l’Agence de promotion de l’inclusion financière – c'est 300 fois plus que le nombre total de distributeurs automatiques de billets. Les Ivoiriens utilisent les cabines au quotidien, pour déposer leur salaire, retirer de l'argent, mais les agents de mobile money sont parfois confrontés à un manque de liquidités qui pénalise leur activité.
De notre correspondant à Abidjan,
Fin d’après-midi au quartier d’Angré Château. L’heure de faire les courses ou de prendre les transports, mais sur ce carrefour très passant, la cabine de mobile money est à court de cash. Rosette est fataliste, elle est venue retirer 10 000 francs CFA – 15 euros : « Quand tu viens, ils n’ont pas ce dont vous avez besoin, c’est un truc qui arrive, donc on fait avec. »
Assise dans la cabine jaune, la guichetière Nema fait patienter les clients : « Il y a des jours où il peut y avoir beaucoup de retraits et il nous arrive de manquer d’espèces. On s’excuse et on dit aux clients que nous sommes en mode dépôt. »
Plutôt que de faire la queue, certains clients partent retirer ailleurs. Affoué est la gérante de la cabine. Pour cette ancienne comptable, perdre un client, c’est un manque à gagner : « Tu perds le client, et tu perds la commission du client, donc voilà pourquoi il faut bien s’occuper des clients afin que les commissions puissent augmenter et pouvoir dégager un bénéfice net. »
Perte de clientèle, perte de rentabilitéLes différents opérateurs de mobile money, comme Orange, Moov, MTN ou Wave, reversent une commission aux gérants de cabines. À titre d’exemple, ces derniers gagnent entre 20 et 60 francs CFA – entre 3 et 9 centimes d’euros – pour une transaction de 10 000 francs CFA – 15 euros. Plus il y a de transactions, et plus elles sont importantes en valeur, plus leurs revenus augmentent.
La machine se grippe en cas de manque de cash ou de crédit. Les agents de mobile money sont obligés de fermer boutique pour se réapprovisionner auprès des opérateurs ou des banques. « Ils ont une perte de clientèle, ils n’ont pas assez de commissions, c’est pas rentable pour eux, ils sont obligés de fermer les agences pour aller chez les distributeurs. »
À lire aussiGuinée : un manque persistant de liquidités handicape les commerçants
La moto pour être plus réactifGertrude Yapi est directrice des opérations de Leya, une startup abidjanaise qui a mis en place un service de convoyeurs de fonds à moto pour dépanner les points de service de mobile money : « On les approvisionne – en crédit – en moins de quatre minutes, et on envoie le cash en moins de 30 minutes pour satisfaire la clientèle. On permet aux points de vente d’avoir un chiffre d’affaires de 50 % en plus. » Leya revendique aujourd’hui plus de 3 000 clients actifs dans quatre villes de Côte d’Ivoire : Abidjan, Bondoukou, Bouaké et Korhogo.
Pour l’économiste ivoirien Kassoum Timité, la continuité de service est essentielle pour soutenir l’activité économique en général : « Le mobile money s’adresse directement à la population dans le secteur informel, qui représente la plus grande part de l’activité économique en Côte d’Ivoire (il pèserait jusqu’à 40% du produit intérieur brut, selon le Fonds monétaire international, ndlr). Donc le manque de liquidités va ralentir les transactions et l’activité économique diminuera aussi. »
En 2024, plus de 140 milliards de francs CFA – plus de 210 millions d’euros – étaient échangés via mobile money chaque jour selon l’agence ivoirienne de promotion de l’inclusion financière, près de quatre fois plus qu’en 2020.
À écouter aussiLe paiement mobile en Afrique de l'Ouest : validé et adopté
-
Le poisson est la première source de nutrition pour près d'un Africain sur trois. La pêche pourrait représenter plus de 20 millions d'emplois directs et indirects sur le continent d'ici la fin de la décennie. D'où l'importance de protéger les réserves de poissons, aujourd'hui menacées par la surpêche. En 2022, les membres de l'Organisation mondiale du commerce se sont mis d'accord pour mettre fin aux subventions aux pêches les plus nocives. Mais sa mise en œuvre s'avère compliquée…
Il aura fallu près de 25 ans de négociations aux membres de l'Organisation mondiale du commerce pour parvenir, en 2022, à un accord sur la fin des subventions à la pêche. En septembre dernier, deux tiers des membres l'ont officiellement ratifié, ce qui a permis son entrée en vigueur. « Historique, souligne la directrice générale adjointe de l'OMC, Jennifer Nordquist. C'est la première fois que nous avons un accord qui se concentre à la fois sur l'aspect économique ET sur la question de l'environnement. L'idée est de lutter contre les subventions néfastes alors que 35 % des réserves mondiales de poissons sont déjà menacées par la surpêche. »
Depuis, 120 des 166 membres de l'OMC l'ont adopté, ce qui veut dire qu'ils se sont mis d'accord sur un premier volet concernant l'interdiction des subventions les plus nocives : celles qui, de fait, encouragent la pêche illégale ou non déclarée. Pour aller plus loin, il faudra parler aussi des subventions au carburant ou sur les bateaux, souligne la numéro 2 de l'organisation : « Le chronomètre est lancé, les membres ont 4 ans pour s'entendre sur le deuxième volet de cet accord. En cas d'échec, même la première partie de l'accord pourrait tout simplement disparaître », avertit-elle.
À lire aussiMadagascar: à bord avec les Vezo, pêcheurs itinérants menacés par la surpêche
« Les pays qui subventionnent fortement la pêche le font au détriment des petits États insulaires »Les négociations se poursuivent donc en coulisses. En attendant, l'OMC aide ses membres à faire respecter l'accord. « Nous avons mis en place un système d'aide financière à destination des économies les moins développées, explique Jennifer Nordquist à RFI. Cela a par exemple permis au Ghana de travailler avec les organisations de pêche locales pour lutter contre la pêche illégale. »
Mais les choses ne vont pas assez vite pour le docteur Arvin Boolell, ministre de la Pêche et de l’Économie bleue de la République de Maurice : « Les pays qui subventionnent fortement la pêche le font au détriment des petits États insulaires en développement : cela met une énorme pression sur nos pêcheurs et entraîne l'épuisement des réserves de poissons. C'est pourquoi nous demandons à l'OMC de mettre en œuvre des mesures de suivi et de surveillance. »
« Certains aspects du secteur de la pêche ont besoin d'être soutenus »Son homologue et voisin, Wallace Cosgrow, ministre de la Pêche et de l’Économie bleue des Seychelles, voudrait, lui, qu'on prenne mieux en compte les spécificités des États insulaires. « De mon point de vue, certains aspects du secteur de la pêche ont besoin d'être soutenus, particulièrement dans notre cas : quand on parle d'artisans pêcheurs locaux qui contribuent à la sécurité alimentaire de leur communauté », soutient-il.
Une aide publique qui, selon lui, n'a pas forcément besoin d'être financière. Cela peut passer par la mise en place d'infrastructures ou une aide logistique à l'échelle locale.
À lire aussiDix choses à savoir sur la surpêche, fléau des océans au fil des siècles
-
En Côte d’Ivoire, la campagne de commercialisation de l’anacarde bat son plein. Le Conseil Coton Anacarde table cette année sur un peu plus d’un million trois cent mille tonnes de noix, une production soutenue, à l'instar de ces dernières années, mais qui pourrait néanmoins baisser de 200 000 tonnes par rapport à l’année dernière. Certaines zones du pays connaissent des difficultés, notamment en raison du décalage des saisons des pluies, c'est le cas dans le Bounkani, dans le nord-est du pays.
De notre envoyée spéciale de retour de Bouna,
C’est une plantation d’anacardiers qui s’étend sur 3 ha. Cette saison, Kouamé Ouattara estime être au chômage technique, car son verger n’a quasiment rien produit. « Il y a trois ans, je pouvais gagner 500 kg par hectare. Mais maintenant, je n’arrive même pas à récolter deux sacs (d’anacardes) sur les 3 ha ». Selon ce paysan, la situation serait liée à un bouleversement dans la saison des pluies. « Normalement, on doit avoir de grandes pluies entre novembre et décembre qui permettent à l’anacardier de fleurir. Mais [cette année], la pluie s’est arrêtée en octobre, déplore-t-il. Octobre, novembre, décembre, janvier, février, il n’y a pas eu de pluie. Lorsque la floraison a échoué une fois, il faut attendre l’année suivante. Donc, la campagne a échoué ».
Autre conséquence : les apiculteurs, qui entretiennent des ruches dans les plantations d’anacarde, se retrouvent avec des productions de miel quasiment inexistantes. « Nous n'avons pas assez de miel actuellement, souligne Koffi Ouattara, le président de l’association des apiculteurs de Koflangué. L’année passée, nous avons eu 100 litres de miel. Mais cette année, seulement 30 litres. Du coup, chez nous, c’est une perte ».
À écouter dans 8 milliards de voisinsAura-t-on encore du miel et des abeilles à l’avenir?
Des pratiques culturales à corrigerAu-delà des raisons climatiques, cette situation serait liée à de mauvaises pratiques culturales, selon le Dr Sibirina Soro, enseignant-chercheur à l’université de Daloa et coordonnateur du projet national de recherche sur l’anacardier. « Tout cela est lié en grande partie à la densité du verger. Beaucoup de vergers sont sous forme de forêt : la densité de départ n'a pas été respectée, explique-t-il. Aujourd’hui, on est en train de conseiller aux planteurs de réhabiliter ces vergers pour qu’ils aient la densité intéressante. La moyenne préconisée est de 100 pieds/ha ».
Sibirina Soro organise par ailleurs chaque année des formations pour lutter contre les insectes ravageurs. Il préconise un meilleur accompagnement des paysans car en Côte d’Ivoire, les producteurs n’utilisent pas de produits chimiques dans leurs champs d’anacarde. Ils sont donc plus exposés aux pertes en cas de mauvaise récolte.
À lire aussiAnacarde en Côte d'Ivoire: vers un renforcement de la transformation locale?
- Visa fler